Pour « l’intérêt supérieur de l’enfant », son père ne doit pas devenir une mère

Publié le : 23 septembre 2020

La semaine dernière, la Cour de Cassation a refusé qu’un homme devienne la « mère » de sa fille, une fois son changement de sexe légalement reconnu (cf. Transgenre : La Cour de cassation rejette l’inscription de mère à l’état civil). Celui-ci estimait « qu’un parent, dès lors qu’il a été reconnu ‘femme’, deviendrait logiquement une mère ». Au contraire, la Cour de Cassation, en refusant de modifier ce droit de la filiation, a entériné la signification d’ « être mère » au regard du droit français. Christian Flavigny est pédopsychiatre et psychanalyste, membre du groupe de travail-famille de l’Institut Thomas More. Dans une tribune du Figaro, il se réjouit de cette décision fondée sur « l’intérêt supérieur de l’enfant ». Il y voit « l’heureuse tentative de contrer la dérive anglo-saxonne du droit français », de « restaurer le lien filial, donc le besoin de l’enfant ». Un besoin largement négligé dans les lois récentes sur le mariage et l’adoption ou la bioéthique.

Le droit français est hérité de la tradition latine. L’énoncé classique « mater certissima » vient appuyer le rôle du juridique : « favoriser l’épanouissement du lien maternel puis familial ». L’amour maternel est « inconditionnel » par définition,  « en contraste avec l’amour conditionnel du père qu’il faut à l’enfant gagner par ses efforts et au père prouver par son implication ». Et c’est l’accouchement qui reste le « repère juridique certifiant la maternité ». Cette conception du droit est de plus en plus « bousculée par le progrès des techniques et l’évolution des mœurs » : la culture anglo-saxonne s’impose peu à peu, « n’intégrant pas dans ses principes la création du lien filial, la méconnaissant ou valorisant une conception du droit ne s’immisçant pas dans la ‘vie privée’ ». Au contraire « la perspective française du droit est d’autant plus essentielle à préserver et à promouvoir, que le lien filial dont elle tient compte, dans l’intérêt de l’enfant, est la matrice de ce qui devient le lien social dans la vie collective ».

Alors qu’est-ce qu’ « être mère » ? « Être mère, c’est avoir partagé la relation d’enfantement avec un homme devenu par là le ‘père’, explique Christian Flavigny. C’est surtout être née fille et avoir été la fillette de ses parents : ce vécu d’enfance dans la relation aux parents, qu’il soit marqué de bonheurs ou de déchirements (le plus souvent un mélange des deux), prépare la fille à tisser le lien maternel, capacité propre à la femme de parler à son bébé ses émotions balbutiantes, l’éveillant à lui-même depuis l’intériorité de sa vie affective naissante. Cette disposition caractérise la fonction maternelle, dont le père est nécessairement exclu de cette symbiose, lui qui est en charge d’opérer la médiation de la « dyade mère-enfant » depuis une situation d’extériorité. Pour le père comme pour la mère, les impressions de leur enfance, de garçon et fils pour lui, de fillette et fille de ses parents pour elle, avec leurs joies et leurs démêlés, sont le guide permettant de ressentir au plus près les besoins de leur enfant et donc de jouer leur rôle de parents ». 

Que son père reste père, « c’est d’abord l’intérêt de l’enfant, afin que ne soit pas brouillée la logique de sa venue au monde, qui est le socle de sa raison d’être ». Mais « c’est aussi l’intérêt de l’adulte concerné » : par le respect de l’ « attitude de vérité qui fait à chaque parent élever son enfant depuis le vécu, simple ou tourmenté, de son propre passé de garçon ou de fille ». Le droit français doit donc « refuser la falsification qu’entraîne le fait d’entériner l’aspiration des adultes » demandant un changement de sexe, « sans considérer le retentissement, sur l’enfant lorsque le lien familial est concerné, et sur la collectivité ».

Christian Flavigny va plus loin. Il estime que le changement de sexe, selon cette même logique, devrait demeurer mentionné sur l’état civil. Il appelle également à une « réflexion effective » sur le changement de sexe lorsqu’il est réclamé par des enfants mineurs. En effet, « la culture française (…) ne peut ignorer que s’y témoigne un désarroi qui appelle beaucoup de réflexion et de prudence, et non des traitements invasifs et des décisions hâtives à la manière anglo-saxonne, qui peuvent aboutir à des regrets catastrophiques ».

Source : Le Figaro, Christian Flavigny (22/09/2020)

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