Avortement en Pologne : des réactions outrancières

Publié le : 4 novembre 2020

En Pologne, depuis la décision du Tribunal constitutionnel de stopper l’avortement pour cause de malformation (cf. Pologne : l’avortement eugénique n’est pas conforme à la constitution), des manifestations de protestation se tiennent dans plusieurs villes. « Si la plupart n’ont pas un caractère massif, avec un nombre de manifestants pouvant varier entre quelques dizaines et quelques milliers (mais jusqu’à 430 000 manifestants comptés dans toute la Pologne par la police dans la soirée du 28 octobre), le mouvement de protestation se distingue par son outrance et un niveau d’agressivité et de vulgarité encore jamais vu en Pologne », rapporte l’ECLJ.

Ces manifestants, qui ignorent l’interdiction de rassemblement de plus de cinq personnes actuellement, prennent notamment pour cible l’Eglise catholique, « victime d’acte de vandalisme à répétitions ». Les adresses de juges du tribunal constitutionnel et de militants pro-vie ont également été diffusées sur twitter, « comme pour inciter les militants pro-avortement à s’en prendre physiquement à eux ». « Dans l’ensemble, les affrontements physiques restent toutefois marginaux, la police polonaise s’efforçant de maintenir à distance manifestants et contre-manifestants ».

Le mouvement Strajk Kobiet, « organisation féministe radicale » en partie à l’origine de ces manifestations, émet des revendications bien plus larges que l’annulation de la décision du Tribunal constitutionnel : « entre autres choses et outre la démission du gouvernement de Mateusz Morawiecki, « un vrai Tribunal constitutionnel », « une vraie Cour suprême », « un vrai Défenseur des droits », l’éducation sexuelle à l’école, la contraception, l’avortement légal (sur simple demande, ce que le Tribunal constitutionnel a déjà déclaré comme contraire à la Constitution dans un jugement de 1997) et, curieusement, « le respect des droits des personnes avec des handicaps » ».

A propos du jugement du 22 octobre, le professeur Andrzej Zoll, président du Tribunal constitutionnel en 1997, « estime qu’il aurait été préférable que la clause invalidée soit modifiée plus tôt par le parlement lui-même afin de limiter son application aux cas où l’enfant à naître est victime d’une anomalie létale ». Cet avis est partagé par certains leaders de la coalition parlementaire Droite unie ainsi que par le président. Ce dernier s’est exprimé à ce sujet le 29 octobre « demandant que soit désormais autorisé l’avortement en cas d’anomalie létale confirmée mais pas en cas de handicap non létal (telle la trisomie 21 à l’origine de 445 des 1110 avortements réalisés en 2019 dans les hôpitaux polonais) ». Selon l’ECLJ, « les avis divergent quant à savoir si le jugement du Tribunal constitutionnel laisse au parlement cette marge de manœuvre ».

Dans ce contexte, le président du PiS Jarosław Kaczyński, également vice-président du Conseil des ministres, a déclaré le 27 octobre : « À la lumière de la Constitution[1], ce jugement ne pouvait pas être différent ».

A ce jour, le jugement du 22 octobre n’a toujours pas été publié, malgré la date limite officielle du 2 novembre. Il n’est donc pas encore entré en vigueur. Mardi, le chef de cabinet du premier ministre a déclaré : « Une discussion est en cours, et il serait bon de prendre un peu de temps pour le dialogue et pour trouver une nouvelle position dans cette situation difficile qui suscite de vives émotions ».

[1] « Constitution approuvée en 1997 par un parlement dominé par la gauche ».

Source : ECLJ (3/11/2020) ; The Guardian, Shaun Walker (3/11/2020)

Photo : Istock

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