PMA pour toutes : « Devenir tout puissant en décrétant ce que la nature doit être, grâce à une majorité parlementaire, une loi et une technique »

Publié le : 6 février 2020

Au lendemain du vote de la « PMA pour toutes » par le Sénat, le philosophe Bertrand Vergely revient sur les conséquences de cette disposition. Même si, « afin de rassurer, les partisans de la PMA pour toutes expliquent que celle-ci ne va rien changer », Bertrand Vergely l’affirme « la PMA est bien évidemment un changement majeur ». Pour trois raisons.

 

La première, « idéologique ». « Les identités doivent pouvoir être flottantes, le critère désormais de la valeur étant la liberté de pouvoir être ce que l’on veut, comme on se sent ». « Triomphe de l’idéologie libérale », déplore le philosophe.

 

La deuxième raison est de nature « ontologique », elle « relève de l’être même de l’humanité ». Rappelant que « pour faire un enfant, il faut nécessairement passer par le couple homme-femme », Bertrand Vergely dénonce : « Désormais avec la PMA pour toutes, cette condition nécessaire n’est plus nécessaire. L’impossible est possible ». Et, « le donneur étant une ombre, le couple homme-femme comme couple fondateur pour donner la vie est enterré ». « Dans l’histoire de l’humanité, l’idée que deux femmes peuvent faire un enfant va désormais être l’une des plus incroyables fictions jamais inventée », estime le philosophe.

 

La troisième raison, elle, est « politique ». « L’homme ne peut pas dicter ses lois à la nature » rappelle Bertrand Vergely. Et pourtant, avec la « PMA pour toutes », « le législateur a réalisé le rêve secret du politique et, derrière lui, de l’orgueil humain : devenir tout puissant en décrétant ce que la nature doit être, grâce à une majorité parlementaire, une loi et une technique ».

 

Pour l’essayiste, l’enfant sans père va faire connaitre trois risques : « la souffrance de l’enfant, le chaos dans la filiation et la violence à l’égard du père et des hommes ». Et de s’interroger : les partisans de la PMA pour toutes « vivent-ils dans un monde dans lequel l’enfant existe ? ». « Manifestement non », répond Bertrand Vergely, « sinon, ayant conscience que ne pas avoir de père est l’un des plus grands malheurs qu’un enfant puisse connaître, ils ne voteraient pas la PMA ». L’absence de père, c’est aussi « le chaos dans la filiation ». « Nous ne venons pas de rien. Nous venons de quelque part. ». Et cette absence « génère un monde de colère, de violence et de tristesse ».

 

Finalement pour Bertrand Vergely, « l’enfant sans père, c’est la tristesse d’un monde sans père. C’est aussi la dureté glaciale d’un monde sans homme ». Il explique : « La PMA pour toutes, ce n’est pas un enfant que l’on fait à deux. C’est un enfant qu’une femme fait seule avec le sperme d’un inconnu, un hôpital, un médecin et une technique médicale. Dans cette façon de faire naître la vie, rien n’est humain. Tout est glacial, déshumanisé, impersonnel, technique, cynique ». Et de dénoncer : « Dans un monde de plus en plus inhumain, c’est de l’inhumanité supplémentaire ». 

 

Selon l’analyse de Bertrand Vergely, « on n’assiste pas à la déconstruction des repères, mais au résultat de cette déconstruction ». « Alors qu’hier la libération sexuelle vomissait la famille », aujourd’hui « la famille et l’enfant, la libération sexuelle n’est pas contre à condition que ce soient la famille et l’enfant revus à sa sauce ». « Attitude puérile », pour le philosophe. « Ce sont les ados qui se comportent ainsi », juge-t-il. « Ils commencent par tout rejeter. Puis ils veulent tout posséder avant d’avouer qu’ils veulent en fait le pouvoir. »

 

 

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<p>Atlantico, Bertrand Vergely (04/02/2020)</p> <p> </p>

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