Plan 75, un film de science-fiction sur l’euthanasie ?

Publié le 18 Sep, 2022

Le film de la cinéaste japonaise Chie Hayakawa, Plan 75, ne restera pas très longtemps en salle, c’est pourtant un incontournable pour aborder la question de la légalisation de l’euthanasie.

Au Japon, les personnes âgées, de plus en plus nombreuses, sont accusées de peser sur les jeunes générations. Le gouvernement met en place le Plan 75 qui permet à toute personne de plus de 75 ans de se faire euthanasier. Pour leur permettre de vivre et de se faire plaisir dans leurs derniers jours, elles reçoivent 100 000 yens, soit approximativement 700€.

Michi a 78 ans, elle est veuve et travaille dans un hôtel où elle est chargée, avec quelques autres femmes de son âge, du linge des chambres. Un travail qu’elle remplit avec compétence et soin. Elle rencontre Hiromu, un jeune homme chargé du recrutement des personnes âgées et s’inscrit pour pouvoir bénéficier un jour du Plan 75.

Maria est philippine. Elle est aide-soignante et s’occupe avec beaucoup d’humanité de personnes âgées. Loin d’elle, sa fille de 5 ans doit subir une grave opération et son salaire ne suffira pas à la payer. On lui suggère d’aller travailler au Plan 75.

Un jour, une des femmes âgées fait un malaise dans l’hôtel et elles sont toutes licenciées. Michi qui est sans famille, se retrouve sans ressources dans un appartement qui doit être démoli. Malgré ses efforts, elle ne réussit pas à trouver de solution. Acculée, elle décide de recourir au Plan 75.

Ce film choral, remarquable et pour le moins troublant, tout en silence et en suggestions, est un véritable réquisitoire contre l’euthanasie, qui apparait d’abord comme un aveu d’indifférence face à la fin de vie et un abandon dont les plus vulnérables sont les victimes désignées. Avec elles, Hiromu, Maria, mais aussi, Yoko, une jeune opératrice chargée d’écouter un quart d’heure Michi chaque vendredi, sont pris dans une spirale mortifère.

En effet, quand elle raccroche pour la dernière fois d’une conversation avec Michi qui la remercie pour l’écoute qu’elle lui a prodiguée, Yoko, qui a bravé la règle et accepté de rencontrer Michi au bowling, a plus que la nausée. Derrière elle, une responsable entourée de futures écoutantes explique qu’il s’agit d’écouter avec humanité tout en s’assurant que jamais les personnes ne reviendront sur leur décision de mourir.

La seule raison d’être du Plan 75 est économique. De fait, au bout de 3 ans, le gouvernement s’enorgueillit d’avoir permis d’économiser plus d’un milliard de Yens et se propose de l’élargir, à brève échéance, au plus de 65 ans. Un cynisme poussé à l’extrême qui ignore l’échange de regard, à travers les rideaux, de deux vieillards mourants.

La fin poignante est une référence directe à l’Antigone de Sophocle, quand Hiromu « vole » le cadavre de son oncle pour lui donner une sépulture digne. Faut-il suivre le Plan 75 ou tout faire pour accompagner décemment ses proches ?

Plan 75 est un film de science-fiction mais l’espace entre la fiction et la réalité est extrêmement ténu. Cette vraisemblance dérange. D’ailleurs, aux Pays-Bas, une proposition de loi avait vu le jour en ce sens qui voulait autoriser l’euthanasie pour “vie accomplie” à partir de 75 ans, et en dehors de toute condition médicale (cf. L’euthanasie des bien-portants dès 75 ans pour « vie accomplie ». Bientôt aux Pays-Bas ? ; Euthanasie pour « vie accomplie » : « Saurons-nous proposer autre chose que la mort à nos aînés ? »). A l’heure où la France se targue de faire œuvre d’humanité en mettant l’euthanasie et le suicide assisté à l’ordre du jour, saurons-nous entendre l’avertissement ?

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