Pilule RU 486 : appels à la vigilance pour les femmes

Publié le : 1 mars 2006

La prise de la pilule abortive, autrement appelée RU 486, fait l’objet de nombreux débats dans le monde car elle est loin d’être inoffensive pour la santé de la femme. Rappelons que la mifépristone (RU 486) est prescrite dans le cas d’une interruption volontaire de grossesse (IVG) sans hospitalisation et sans intervention chirurgicale avant le 49ème jour d’aménorrhée.

 
Sept décès enregistrés en 2004

 

Entre août 2001 et janvier 2004, sept décès ont été répertoriés au Canada, aux Etats-Unis, au Royaume-Uni,  en Suède et en Espagne. A cette date, la Food and Drug Administration (FDA), l’agence américaine chargée du contrôle des médicaments, avait déjà reçu 676 déclarations d’effets secondaires liés à la mifépristone, dont 17 grossesses extra-utérines, 72 hémorragies sévères et 7 cas d’infections graves.

 

2005 : première alerte officielle

 

La revue scientifique New England Journal of Medicine a publié1 en décembre 2005 un article sur 4 décès survenus chez des jeunes femmes après une IVG médicamenteuse par la RU 486.

Une autopsie et des recherches bactériologiques ont été réalisées sur les tissus prélevés post-mortem sur les patientes. Chez aucune d’entre elles, l’autopsie n’a retrouvé de « produits de conception » dans l’utérus, ce qui laisse entendre que cette complication n’est pas liée à un avortement incomplet. En revanche, les résultats ont montré une infection endométriale à Clostridium sordelli.

 

Vigilance aux Etats-Unis

 

Dans l’immédiat, les auteurs de la publication et la FDA, recommandent la vigilance aux médecins et préconisent de modifier la notice d’utilisation de la mifépristone pour prévenir les patientes de cette complication grave.

Aux Etats-Unis, ceux qui remettent en cause l’autorisation de mise sur le marché de la mifépristone (en 2000) font valoir que puisque 460 000 IVG médicamenteuses ont été réalisées ces dernières années aux USA, le risque de décès par syndrome de choc toxique est de 1/100 000 et sans doute davantage. Or, cette fréquence est supérieure à la mortalité observée après avortement chirurgical précoce (avant la 8ème semaine de gestation) qui serait de 0,1/100 000.

 

Débat en Australie et en Italie

 

La RU 486 est légale dans 35 pays dont la Grande-Bretagne, la France (depuis 1988), les Etats-Unis, la Grèce, l’Espagne et la Nouvelle Zélande.

En Australie, le Parlement a voté en février 2006, la suppression de l’interdiction de la pilule abortive RU 486 malgré l’opposition du Premier ministre, John Howard et du ministre de la Santé, Tony Abbot.

En Italie, des militants tentent d’obtenir l’autorisation de la pilule abortive RU 486. Le ministre de la santé, Francesco Storace, l’avait autorisée puis l’a suspendue fin septembre après une première expérimentation à Turin. De grosses pressions sont exercées sur le ministre pour qu’il l’autorise à nouveau. La Toscane a d’ailleurs autorisé ses hôpitaux à prescrire la RU 486 sans le feu vert du ministère. Néanmoins, d’après un rapport parlementaire, les réticences sur l’interruption volontaire de grossesse, quelle que soit la méthode, restent nombreuses, y compris dans le corps médical.

 

Mars 2006 : nouvelle alerte

 

Dans un communiqué du 17 mars dernier, la Food and Drug Administration réitère sa mise en garde contre la RU 486 après la mort de deux autres femmes l’ayant utilisée. Bien que les causes de la mort de ces femmes ne soient pas confirmées, la FDA a convoqué le laboratoire fabricant, Darco Laboratories. L’agence rappelle que tous les médecins et leurs patientes doivent avoir conscience du risque encouru par la prise de la RU 486 et demande une vigilance particulière auprès des femmes qui ont pris cette pilule pour veiller aux effets secondaires.

Le Planning familial appelle également à la prudence. 

 

1 – Fischer M et coll. : « Fatal toxic shock syndrome associated with Clostridium sordelli after medical abortion. » New England Journal of Medicine 2005 ; 353 : 2352-60

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