Pilule contraceptive: les experts seraient très liés aux laboratoires

Publié le : 11 janvier 2013

 A l’heure où la polémique s’accroît concernant la dangerosité des pilules contraceptives de troisième et quatrième génération, le quotidien Le Monde de ce jour s’interroge, après avoir rappelé les différentes prises de paroles d’experts très médiatisés, sur les raisons qui les ont incités, jusqu’à aujourd’hui, "à continuer de prescrire [ces pilules] à la moitié de leurs jeunes patientes […], en dépit des recommandations contraires de la Haute Autorité de santé (HAS) depuis 2007". 

Ainsi, pour Martine Hatchuel, coprésidente de l’Association nationale des centres d’interruption de grossesse et de contraception (Ancic), "si ces experts persistent à nier l’évidence scientifique et à inciter au non-respect des recommandations de la HAS", ce serait parce "qu’ils sont payés par l’industrie pharmaceutique pour être ses portes-parole". Et ce point de vue est partagé par le docteur Philippe Foucras, fondateur du Formindep, pour une information médicale indépendante. En effet, il précise: "quand les leaders d’opinion expriment d’autres avis que ceux de la science, c’est souvent qu’il sont influencés par les laboratoires qui les rémunèrent comme consultants". 
Ainsi en est-il d’Irsraël Nisand, gynécologue obstétricien au CHU de Strasbourg, qui, lors du congrès Infogyn en 2012, a déclaré: "j’ai des intérêts avec tous les laboratoires qui m’aident à organiser des congrès dans ma ville". En outre, le journaliste souligne que dans son rapport sur la contraception, Israël Nisand précisait qu’en mettant entre les mains des toutes jeunes filles une pilule récente à 7 euros, les firmes agiraient "par souci de santé publique, mais aussi pour la promotion de leur produit ainsi faite auprès de jeunes femmes peu tentées ultérieurement de changer une contraception qui les aura satisfaite dans leur premières années de vie sexuelles’". Enfin, toujours lors du congrès Infogyn, le gynécologue-osbétricien déclarait, à propos de l’utilisation de la Myfegyne* : " Merci à Nordic d’avoir fait cette étude remarquable’ qui montre une ‘formidable tolérance de l’IVG médicamenteuse". La journaliste relève qu’ Israël Nisand défend ainsi "la pratique de l’IVG médicamenteuse jusqu’à 14 semaines d’aménorrhée" alors même que cette "position [est] en contradiction avec la HAS, qui recommande de s’arrêter à 9 semaines". 

Par ailleurs, le quotidien explique que "tisser des relations étroites avec les firmes accélère indéniablement une carrière professionnelle et confère envergure, pouvoir et notoriété". A ce titre, la journaliste explique que "les praticiens hospitaliers se défendent de tout profit personnel" et "assurent renflouer […] les caisses des associations de service qu’ils créent pour financer tout ce que l’hôpital ne finance plus". Pour les médecins du secteur privé, il précise qu’ils "obtiennent par exemple un petit coup de main des firmes pour monter le site internet de leur cabinet médical". 

Mais interroger les experts n’est pas aisé, termine le quotidien: "Lorsqu’on les interroge sur l’étanchéité entre leurs multiples liens d’intérêt et leur expression publique sur la pilule, ces leaders d’opinion s’offusquent, jusqu’à devenir agressif pour certains. Ils s’estiment totalement indépendants. Sont persuadés de n’être en rien influençables". 

* Myfegyne (RU 486) est une pilule abortive issue du laboratoire Nordic

 Le Monde (Pascale Krémer) 10/01/12

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