Neurotechnologies : trois hommes paralysés retrouvent la faculté de marcher

Publié le 8 Fév, 2022

Une équipe de chercheurs de l’Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne (EPFL) et du CHU Vaudois, en Suisse, a mis au point un implant qui vise à rétablir la fonction motrice chez des patients paralysés. En 2018, cette même équipe avait déjà mené un essai (cf. Des paraplégiques remarchent grâce un implant spinal et une rééducation intensive).

Michel Roccati, un Italien de 30 ans paralysé suite à un accident de la route en 2017, peut à nouveau « se tenir debout, marcher et monter des escaliers ». Deux autres patients également, des hommes âgés de 29 à 41 ans. Ces résultats ont été publiés dans la revue Nature Medicine [1].

Un dispositif de stimulation électrique

En 2020, les trois hommes ont subi une intervention chirurgicale au NeuroRestore de Lausanne, pour implanter un neurostimulateur cardiaque dans l’abdomen, et des électrodes « directement sur la moelle épinière », explique le Dr Jocelyne Bloch, chef de l’unité de neurochirurgie fonctionnelle à l’hôpital universitaire de Lausanne et co-auteur de l’étude.

Les électrodes, conçues avec la société Onward, ont été « positionnées précisément pour cibler toutes les régions de la moelle épinière qui sont pertinentes pour activer les muscles du tronc et des jambes », précise Grégoire Courtine, neuroscientifique à l’EPFL et co-auteur de l’étude. Un logiciel permet « de mettre facilement en place des programmes de stimulation semi-automatisés permettant une variété de mouvements ». La technologie nécessite une longueur « d’au moins 6 centimètres de moelle épinière saine sous la lésion », là où sont implantées les électrodes.

« J’ai pu marcher dès le premier jour »

Après une période post-opératoire de 10 jours, la rééducation a commencé. « J’ai pu marcher dès le premier jour », raconte Michel Roccati. Les patients peuvent faire fonctionner la stimulation eux-mêmes, « grâce à une tablette et à de petites télécommandes qui peuvent communiquer avec le stimulateur cardiaque du patient ». Aucun des trois patients inclus dans l’essai n’a signalé de douleur ou d’effets secondaires déclenchés par la stimulation.

Il ne s’agit pas d’un « miracle », mais la stimulation confère « une capacité immédiate à s’entraîner », explique Grégoire Courtine.

Un essai en cours aux Etats-Unis

L’équipe suisse mène également un essai aux États-Unis. La Food and Drug Administration américaine a accordé la désignation d’”innovation de rupture[2] au dispositif, dans le but d’accélérer le processus de commercialisation. Une désignation qui garantirait également une prise en charge par le programme Medicare Coverage of Innovative Technology si des essais cliniques de plus grande envergure s’avéraient concluants.

Par ailleurs, une autre étude a débuté en collaboration avec le centre de recherche biomédicale Clinatec, « pour associer au système suisse un implant placé à la surface du cerveau, capable d’enregistrer l’activité cérébrale ». « Testé pour piloter un exosquelette, ‘l’implant cérébral récupère les informations d’intention de mouvement, qui sont traitées par un logiciel puis envoyé au stimulateur médullaire. Un patient de Lausanne a déjà été opéré et les essais préliminaires sont plutôt encourageants’ », affirme le Pr Stephan Chabardès, chef du service de neurochirurgie du CHU de Grenoble et directeur médical de Clinatec.

Pas de guérison

Selon l’Organisation mondiale de la santé, de 250 000 à 500 000 personnes sont atteintes chaque année d’une « lésion de la moelle épinière gravement invalidante », le plus souvent à la suite d’une chute, d’une agression, ou d’un accident de la route. Ce qui multiplie le risque de ces patients de décéder « prématurément » par un facteur deux à cinq.

« Guérir la paraplégie, cela reste pour le moment un mirage. » Alors qu’une équipe israélienne révèle cette semaine « avoir réparé la moelle de souris avec des neurones dérivés de cellules souches pluripotentes induites »[3], Stephan Chabardès tempère : « Régénérer la moelle, cela fait des années que ça marche chez le rat, mais on n’y arrive pas chez l’homme ».

 

[1] Andreas Rowald et al, Activity-dependent spinal cord neuromodulation rapidly restores trunk and leg motor functions after complete paralysis, Nature Medicine (2022). DOI: 10.1038/s41591-021-01663-5

[2] “breakthrough devices”

[3] Lior Wertheim et al, Regenerating the Injured Spinal Cord at the Chronic Phase by Engineered iPSCs‐Derived 3D Neuronal Networks, Advanced Science (2022). DOI: 10.1002/advs.202105694

Sources : Medical Xpress (07/02/2022) ; Sciences et avenir, Hugo Jalinière (07/02/2022) ; Le Figaro, Soline Roy (07/02/2022) – Photo : iStock

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