« Mourir peut attendre »

Publié le : 23 septembre 2020

La pandémie de Covid-19 a été l’occasion d’une mobilisation extrême, la vie étant devenue la valeur refuge de nos sociétés. Enfin presque.

Sauver la vie

Février 2020. La population est sommée de se claquemurer. Le Président tonne : « Nous sommes en guerre ». L’ennemi désigné n’est pas une puissance étrangère mais un virus microscopique qui en l’espace de quelques semaines va modifier la façon de vivre de la population. A l’échelle du monde. Les services de santé, hospitaliers sont bouleversés et peinent à s’organiser. On commence à parler de « tri des malades » et, fort heureusement, la levée de boucliers ne se fait pas attendre. Les personnes âgées dans les Ehpads tombent comme de mouches et la révolte gronde ! L’ARS multiplie les lits. Sur place, on s’arrange avec les moyens du bord : des masques de plongée sous-marine sont recyclés en respirateurs, on sauve des centenaires en leur insufflant de très hautes doses d’oxygène, les soignants sont jour et nuit au chevet des patients… Et les urgences peu à peu se désengorgent. On aura tout fait, au nom de l’absolu de la vie pour limiter le nombre de morts.

Réclamer la mort

Août 2020. La France, en vacances, ne parvient pas à oublier complètement l’épisode pandémique. Malgré la toile de fond des alertes gouvernementales, on veut vivre normalement, considérer que la mort n’habite plus que les cimetières et qu’on ne l’entendra pas de sitôt. Mais, à la consternation de tous, Alain Cocq, malade chronique, demande haut et fort à mourir. Il se révolte, s’insurge, tempête parce que la loi ne lui permet pas de mettre fin à sa vie comme il l’entend. Cette vie même, absolutisée pendant le Covid, lui devient superfétatoire. Les médias reprennent la ritournelle qu’ils diffusent en boucle. Alain Cocq, présenté à demi-nu, se trouve fini ; il en a marre. Autour de lui, grenouille sa porte-parole, Sophie Medjeberg, de l’association Handi, qui prône une mort « par compassion ». Seulement voilà, au dernier moment, à l’heure de basculer dans un coma définitif, Alain Cocq décide que Mourir peut attendre. Il est hospitalisé, se réalimente, se réhydrate et décide de poursuivre son combat pour la mort mais… vivant.

Accueillir

Il y a une indécence dans la mise en scène de ce suicide assisté qui sidère. Nous ne sommes ni vivants, ni mourants sur commande. Peut-être est-ce la leçon à tirer de ces derniers mois ? Apprendre à accueillir la vie non plus comme un dû, mais comme un don susceptible de nous échapper et la laisser s’éteindre quand, rassasiés de jours, sans acharnement ni coup de pouce, nous passerons dans l’éternité. De cette façon, nous éviterons peut-être… de marcher sur la tête.

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