Monette Vacquin : « La science s’est emparée des grands moments de l’existence humaine »

Publié le : 13 juin 2016

Monette Vacquin, psychanalyste et membre du Collectif pour le respect de la personne (CoRP), réagit à l’actualité de la PMA et de la GPA, à l’occasion de la sortie de son livre Frankenstein aujourd’hui : égarements et délires de la science moderne.

 

Pour Monette Vacquin, la décision du Conseil d’Etat autorisant « exceptionnellement » une femme à récupérer le sperme congelé en France de son défunt mari, pour procéder à une insémination post-mortem en Espagne, révèle que « les limites sont franchies les unes après les autres, généralement au nom d’un discours bon enfant, symptomatique de notre époque, sur l’amour, lequel justifierait tout ».  L’entourage des femmes qui demandent l’insémination post-mortem « trouve que c’est une idée formidable ». Mais « l’amour est une relation vécue qui donne un sens à la vie, ce n’est pas une loi », réagit-elle. En outre, « une telle autorisation pourra engendrer d’autres demandes ». Les « procréateurs en chef n’arrêtent pas de fabriquer des situations inédites en matière de filiation, et les législateurs sont mis devant le fait accompli ».

 

Plus profondément, cette décision interroge : « Que signifie l’externalisation de l’embryon humain, la désexualisation de l’origine, l’ouverture d‘espaces de pouvoirs qui n’ont aucun équivalent dans l’histoire de l’humanité ? ».

 

Dans une sorte de « mélo compassionnel », on créé volontairement des orphelins de pères. Or la « question de la responsabilité n’est pas la même quand l’histoire fabrique un orphelin et quand on fabrique sciemment un orphelin ». Les conséquences anthropologiques sont immenses : nous franchissons des limites qui étaient reconnues par tous, « au nom d’une idéologie du ‘j’ai droit à tout’ ».

 

Sur la question de la GPA, Monette Vacquin doute qu’une interdiction soit « possible et tenable », mais « ce n’est pas une raison pour ne pas dénoncer le fait que la parenté devient un marché ou une industrie », explique-t-elle. En outre, « si des pays expriment un refus, c’est quand même structurant pour les autres, et pour la pensée de manière générale : un enfant n’est pas un objet qui s’achète et se vend ».

 

Dans ce domaine, les conséquences anthropologiques sont aussi « énormes » : perte de la différenciation entre chose et personne, rejet du principe d’indisponibilité du corps humain, sous couvert d’un langage à la « guimauve ». Elle appelle à nommer les choses par leur nom : « ‘contrat de location d’utérus’, c’est moins mièvre et plus proche de la réalité » que « grossesse pour autrui ».

 

Sur tous ces sujets, nous assistons à une « défaite de la pensée » et un « effondrement des discours philosophiques et religieux » : la science s’est emparée de la naissance, de la mort, de la « transmission du génome qui est censé nous dire qui nous sommes », c’est-à-dire « des grands moments de l’expérience humaine, qui étaient autrefois dévolus à des discours et représentations qui n’ont plus cours ». Et nous en arrivons à « un retournement incroyable : des embryons congelés au début de la vie et des cadavres chauds à la fin, maintenus tels à des fins de prélèvement d’organes ».

 

<p>Causeur, Vadim Rubinstein (13/06/2016)</p>

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