Mgr. Pierre d’Ornellas : « protéger l’humanité »

Publié le : 13 décembre 2010

A l’occasion de la publication de Bioéthique. Un enjeu d’humanité, par la Conférence des évêques de France, le JDD.fr publie une interview de Mgr. Pierre d’Ornellas, responsable du groupe de travail des évêques de France sur la bioéthique. Il salue certaines améliorations du projet de loi de bioéthique comme le fait de considérer le sang de cordon comme une ressource thérapeutique et d’en favoriser le recueil ou le choix de ne pas intégrer le dépistage de la trisomie 21 lors du diagnostic préimplantatoire conformément à l’avis des citoyens lors des états généraux de la bioéthique selon lesquels "la lutte contre le handicap passe par la recherche et non par l’élimination". Monseigneur d’Ornellas estime toutefois que "ce projet est encore trop à la remorque d’intérêts de certains chercheurs". Rappelant que l’Eglise encourage la science et ses progrès, il constate que la procréation assistée ne "guérit pas la stérilité" mais "tente de la pallier". Le pouvoir de concevoir des êtres humains dans des éprouvettes "est un lieu de fantasmes" explique-t-il, évoquant les risques considérables de dérives eugénistes et de marchandisation pouvant en découler. "Avoir créé un être humain en dehors du corps de la femme fut un événement sismique. A-t-on suffisamment réfléchi à ce que cela signifiait, au pouvoir que l’homme se donnait en fabriquant un être humain dans une éprouvette ?". Si c’est une grande souffrance de ne pouvoir avoir d’enfant pour certains couples, "la PMA engendre d’autres souffrances", et de nombreux couples ressentent un malaise devant la réalité de la congélation de leurs embryons. On ne peut se satisfaire de cette "contradiction fondamentale" : "les PMA sont faites pour donner la vie, or elles aboutissent souvent à la destruction de la vie des embryons. L’Allemagne et l’Italie interdisent la congélation d’embryons, pourquoi pas la France ?"

Interrogé sur une éventuelle autorisation de la recherche sur l’embryon, Mgr. d’Ornellas explique qu’il s’agirait d’une "grave entorse à notre droit" et "une erreur" puisque "d’autres voies sont prometteuses" comme la recherche sur les cellules souches adultes dans laquelle certains scientifiques ont choisi de se lancer. "N’y a-t-il pas un non-dit scientifique concernant les cellules souches embryonnaires: leur potentiel cancérigène ?" interroge-t-il. Il ajoute que "l’embryon humain n’est pas une chose" et que "mépriser le plus petit, c’est ouvrir la porte à l’inquiétude". Si les législateurs "cèdent sur cet aspect, la loi sera-telle capable de protéger l’humanité de la société ?"

Au sujet des diagnostics prénataux, Mgr. d’Ornellas souligne l’anxiété qu’ils engendrent. "Pourquoi faut-il qu’il soit obligatoire de tous les proposer ?" Les tests devraient être proposés aux femmes dans la perspective de la bonne nouvelle que signifie pour la société le fait d’attendre un enfant. En outre, "ils ne disent qu’un risque éventuel, jamais du cent pour cent". L’archevêque de Rennes se réjouit enfin du choix du projet de loi de bioéthique d’interdire la gestation pour autrui. Cette pratique consiste à utiliser une femme pendant neuf mois et à arracher l’enfant tout juste né à celle avec laquelle il a tissé des liens, sans compter que là où elle existe, elle se révèle comme "l’utilisation de femmes pauvres par les riches".

Le JDD.fr (propos recueillis par Adeline Fleury) 11/12/10

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