Mathieu Bock-Côté : « Des évidences que nul n’aurait jamais osé contester ont été transformées en provocations réactionnaires »

Publié le : 27 janvier 2020

Mathieu Bock-Côté, essayiste, revient sur le traitement de la manifestation du 19 janvier en « opposition à l’extension de la PMA et de la GPA ». Pour lui, « le traitement médiatique, globalement, a été sans surpris : conservateurs, réactionnaires, déphasés et dépassés, ils défilaient contre les exigences du progrès ». Et d’interroger le sens de cette manifestation : « on peut et doit y voir une protestation politique et philosophique contre l’idée voulant que l’extension de la logique des droits à tous les domaines de l’existence serait la simple expression du sens de l’histoire, et qu’il serait insensé de s’y opposer ».

 

Pointant le « fondamentalisme de la modernité », l’essayiste juge que le débat public est transformé « plutôt en exercice pédagogique sermonneur où ceux qui savent doivent faire la leçon à ceux qui ne savent pas encore, et peuvent se montrer intraitables envers ceux qui s’entêtent à ne pas comprendre ». L’objectif de chaque débat est alors « de ″faire progresser les mentalités″ pour que puisse s’imposer ensuite la prochaine étape du progrès ». Et « les réformes sociétales sont immédiatement converties en conquêtes de droits fondamentaux qu’il serait scandaleux d’oser même reconsidérer par la suite ». 

 

Regrettant que la prudence, « vertu politique la plus importante » pour Aristote, soit délaissée par notre époque « qui s’enthousiasme de son propre mouvement », Mathieu Bock-Côté déplore que l’« on ne souligne pas assez l’incroyable rapidité de la présente révolution anthropologique ». En effet, sur les « catégories symboliques irréductibles » que représentent le père et la mère, « en moins d’une décennie, des évidences que nul n’aurait jamais osé contester ont été transformées en provocations réactionnaires ».

 

Pour l’essayiste, les manifestants, « quoi qu’on pense de leur combat, qu’on l’approuve, qu’on le critique ou qu’on le nuance, rappellent qu’à travers les réformes sociétales qui s’accumulent se multiplient, c’est une nouvelle conception de l’humanité qui s’impose ». Et ils « rappellent aussi que l’humanité n’est pas d’une plasticité absolue et que le fantasme de sa fabrication en laboratoire, délivrée pour de bon du principe de filiation, relève de l’hubris ».

 

Et d’appeler à ce qu’il soit possible, « à tout le moins » « d’aborder ces questions dans la vie publique, sans la réduire à un épisode où s’affronteraient admirables progressistes et détestables réactionnaires ». « Au ″sens de l’histoire″, il importe de répondre par celui de la controverse civilisée ».

<p>Le Figaro, Mathieu Bock-Côté (24/01/2020)</p> <p> </p>

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