Maisons de naissance: le retard de la France

Publié le : 28 février 2013

 Ce jeudi, le Sénat examine une proposition de loi visant à expérimenter en France (pendant cinq ans) les maisons de naissance (Cf Synthèse de presse Gènéthique du 8 février 2013). Ces structures sont « destinées à offrir une alternative aux hôpitaux pour les femmes en bonne santé souhaitant accoucher naturellement« .

Au stade embryonnaire en France, il en existe seulement une dizaine, les maisons de naissance sont davantage développées à l’étranger: une centaine sont recensées aux Etats-Unis, et une étude américaine de janvier 2013, réalisée auprès de 15 000 femmes, « indique que les taux de césariennes sont divisés par quatre chez les femmes à bas risque en maison de naissance par rapport aux taux à l’hôpital (6% contre 25%)« . En Europe, la première maison de naissance a vu le jour en Allemagne, en 1987 et depuis, 150 autres ont été créées dans ce pays. La Suisse en compte 21, et la Suède, huit.

 
En France, bien que la loi Kouchner de 2002 relative aux droits des malades et à la qualité du système de santé préconisait « l’ouverture de maisons de naissance, aucune n’a vu le jour« , faute de cadre législatif et règlementaire précis. Isabelle Chevalier, sage-femme au centre hospitalier de Pontoise (Val d’Oise), explique: « on demande que les femmes en bonne santé puisse choisir comment elles veulent accoucher« . A propos de la maison de naissance du centre hospitalier René-Dubos, à l’hôpital de Pontoise, créée en 2006, la journaliste précise qu’ « une centaine de femmes accouchent chaque année à un étage réservé, sans péridurale ni monitoring, mais dans une chambre avec lit double et baignoire […], à cette différence près que la structure reste dépendante de la responsabilité et du bon vouloir du chef de service d’obstétrique« . 

Pendant « longtemps, les maisons [de naissance] ont été perçues comme une menace par les médecins« , analyse le Pr Frydmann, les structures étant dépourvues de médecin. Mais les mentalités ont aujourd’hui évoluées et le Collège nationale des gynécologues obstétriciens français (CNGOF) « s’est prononcé en leur faveur après s’y être encore opposée en 2008« . Pour Marie-Josée Keller, présidente du Conseil national de l’ordre des sages-femmes, « en France, on a le culte de l’hospitalocentrisme […]. La preuve, on ne parle pas de grossesses ‘normales’ mais ‘à bas risques’ . On les considère en termes de pathologie, oubliant qu’il s’agit avant tout d’évènements intimes et familiaux« . Le CNGOF va plus loin et « dénonce le gaspillage de moyens actuels et l’effet iatrogène de la surmédicalisation, c’est-à-dire le fait que l’on obtienne l’effet inverse de celui recherché par la médicalisation« .  De même, pour Chantal Ducroux-Schouwey, présidente du Collectif interassociatif autour de la naissance, qui représente les parents: « la péridural, par exemple, immobilise la femme et son bassin alors qu’on sait que plus on se mobilise physiquement, plus on facilite le travail« .  

<p> La Croix (Flore Thomasset) 28/02/13 - Le Quotidien du Médecin (Anne Bayle-Iniguez) 28/02/13</p>

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