M. Peschanski : mensonges autour de la recherche sur l’embryon

Publié le : 7 avril 2011

Dans une tribune publiée dans Le Monde, Marc Peschanski et Cécile Martinat réclament l’autorisation de la recherche sur les cellules souches embryonnaires en prenant appui sur les résultats de leurs travaux, très médiatiquement annoncés le 1er avril 2011 (cf. Synthèse de presse du 01/04/11). Ils estiment que cette étude ne serait pas possible si le régime d’interdiction-dérogation proposée par le Gouvernement venait à être adopté.

"Ces cellules, affirment-ils, intéressent scientifiques et médecins parce qu’elles sont seules capables de proliférer indéfiniment et de donner naissance à n’importe quelle cellule spécialisée de l’organisme, et sont ainsi les meilleurs outils de la ‘médecine régénératrice’ dans la lutte contre les maladies dégénératives." Une affirmation qui n’est pas partagée par tous les scientifiques. "L’essor des connaissances retirées des recherches sur les cellules souches adultes induites à la pluripotence – cellules iPS – va nous affranchir de la nécessité de travailler sur des cellules souches embryonnaires", déclarait ainsi lors de son audition à l’Assemblée le Pr Arnold Munnich, conseiller scientifique de l’Elysée, visé dans la tribune.

"Mensonges", rétorquent les deux scientifiques qui estiment que "le débat de ces dernières semaines à l’Assemblée nationale sur la révision de la loi a été marqué par des mensonges répétés présentés avec aplomb comme des vérités scientifiques" en évoquant, outre les propos du Pr Munnich, une intervention du député Xavier Breton. Celui-ci avait en effet déclaré lors des discussions à l’Assemblée nationale que "force est de constater, plus de six ans plus tard, qu’aucun résultat scientifique pertinent n’a été atteint (avec les cellules souches embryonnaires)". Pour Marc Peschanski et Cécile Martinat, toutes ces résistances "antiscientifiques" sont le fait "des lobbies conservateurs de l’Eglise catholique".

Concernant l’alternative des cellules iPS, les deux chercheurs évoquent "d’importantes anomalies génétiques" de ces "OGM cellulaires, découverts en 2007", dont la maîtrise n’en serait qu’à ses "balbutiements". Trois publications de la revue Nature du 3 mars 2011 faisaient ainsi état de ces anomalies. La Fondation Jérôme Lejeune, dans un communiqué de presse, apporte un éclairage : "une précision permet de comprendre ce dont il s’agit réellement" : "Les traces épigénétiques invoquées, qui peuvent apparaître à cause du processus de reprogrammation des cellules, pourraient être gênantes si l’objectif de la recherche était de les utiliser comme matériau pour la thérapie cellulaire, c’est-à-dire si l’application sur le patient était visé. Ce n’est pas le cas. En revanche, ces traces épigénétiques ne sont pas un obstacle à l’utilisation des iPS pour les applications concernées par l’annonce d’aujourd’hui (modélisation et criblage). Plusieurs publications l’attestent, dont une récente dans Nature Biotechnology".

Marc Peschanski et Cécile Martinat s’inquiètent de ce qu’ "un amendement a été voté au Parlement, avec l’accord du gouvernement, qui nous imposerait de prouver, pour chaque programme, qu’aucune autre cellule ne peut faire l’affaire avant de nous autoriser à accéder aux cellules souches embryonnaires". Pour la Fondation Jérôme Lejeune : "S’agissant de cette étude particulière, le Pr Peschanski n’a pas apporté la preuve que les iPS auraient été inadaptées à sa recherche, comme la loi de bioéthique l’y oblige." Elle rappelle ainsi que l’amendement en question précise une condition qui existe déjà dans la loi en vigueur.

La Fondation Jérôme Lejeune a également relativisé "la démonstration spectaculaire" annoncée par Marc Peschanski rappelant qu’il ne s’agit "pas de recherche en thérapie cellulaire mais de recherche pour l’industrie pharmaceutique", que sur le plan scientifique, "l’identification de composés pharmacologiques ou de mécanismes inconnus ne peut être qualifiée de ‘démonstration spectaculaire’" et enfin que "les deux composés trouvés sont qualifiés de ‘potentiellement utiles’ pour le traitement de la pathologie, ce qui reste par définition à prouver."

Le Monde 06/04/11 – Zenit 06/04/11

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