Loi de bioéthique : « l’invasion du politique dans la gestion des corps »

Publié le 8 Fév, 2021

Le projet de loi bioéthique relève « d’un combat qui n’est pas seulement technique mais philosophique », estime Laurence Trochu, présidente du mouvement Sens Commun, membre du bureau politique LR et conseillère départementale des Yvelines, dans une tribune pour le journal Valeurs actuelles. Selon elle, « la biopolitique foucaldienne est à son apogée : elle vient consacrer l’invasion du politique dans la gestion des corps ».

Pour Laurence Trochu qui évoque « l’inévitable pénurie de gamètes qui suivra la PMA sans père », « ce n’est pas seulement l’intersection entre l’éthique et le politique qui est en jeu ; on saisit très bien aussi l’intrusion de l’économie ». Une économie qui « s’immisce ici en tolérant la réification des corps dans une logique marchande ».

La vie : un matériau qui se gère ?

La présidente de Sens Commun dénonce « l’esprit du progressisme », « cette certitude que les limites seront condamnées par le cours de l’Histoire ». « Philosophie de l’illimité, il a foi en la loi du progrès qui “défend d’enchaîner les générations à venir par aucune disposition de quelque nature que ce soit” ». Et pour mettre en œuvre cette philosophie, le moyen est de « poser le principe que la vie est un matériau, au sens écologique du terme, et qu’il nous appartient de le gérer »[1], comme l’indiquait le docteur Pierre Simon, fondateur du Planning familial. « L’arme absolue, qui apporte le soutien populaire, c’est le viscéral (…). Peser sur le viscéral (…) en s’appuyant sur l’intime, le quotidien, voilà le nécessaire. » « Une nouvelle approche de la vie », « une approche de gestionnaire, loin de la sacralisation du principe de vie ». Selon Laurence Trochu, le projet de loi de bioéthique « consacre l’entrée dans l’ère de l’industrialisation de l’être humain et de la modification du patrimoine génétique humain » en « contournant l’interdit posé par la Convention d’Oviedo de créer des embryons pour la recherche ».

Construire l’approbation de la société

Reprenant les mots de Pierre Simon, Laurence Trochu décrypte le mécanisme à l’œuvre : « Pour ancrer l’action sociale dans le philosophique, il faut non seulement un bon plan mais un bon outil. Une telle recherche comporte quatre paramètres : l’information, l’expérimentation, le temps, la vérification ». Autrement dit, « maîtriser l’information et ringardiser les réfractaires, lancer des expérimentations dites encadrées, préparer les esprits et attendre pour enfin estimer, à l’instar de Gabriel Attal en 2018 au sujet de la PMA que la “société est prête ». Et quand Gabriel Attal affirme qu’« Emmanuel Macron a toujours été très clair sur la GPA en disant qu’il n’y aura pas d’ouverture tant qu’il serait président », Pierre Simon aurait approuvé. « Dissocier, puis livrer bataille successivement, sur l’un et l’autre terrain, au lieu de mener un assaut global et frontal, voué, d’évidence, à l’échec. »

Ainsi, pour Laurence Trochu, le projet de loi bioéthique « fait écho à ce que Pierre Simon préfigurait : “Les frontières de la vie, et même son contenu, sont en pleine mouvance. ». « Nous sommes bien à un croisement et il va falloir choisir une route parmi d’autres, et à mesure que nous avançons sur cette route choisie, choisir encore. » « C’est la lourde responsabilité des parlementaires », juge-t-elle.

Source : Valeurs actuelles, Laurence Trochu (07/02/2021)

[1] Pierre Simon, De la vie avant toute chose, 1979.

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