Loi de bioéthique : l’embryon humain en danger

Publié le : 2 février 2021

Par : Lucie Pacherie

Les menaces que fait reposer le projet de loi de bioéthique sur l’embryon humain sont nombreuses. A l’occasion de la manifestation organisée par le collectif Marchons enfants qui s’est tenue dimanche devant le ministère de la Santé, Lucie Pacherie, juriste de la Fondation Lejeune, les dénonce, alors que le texte est en cours d’examen par les sénateurs.

La navette parlementaire du projet de loi bioéthique touche à sa fin. Le Sénat examine cette semaine pour la deuxième fois ce texte qualifié de « bioéthique ». La commission mixte paritaire et le dernier mot de l’Assemblée nationale suivront.

Il s’agit de la quatrième loi de bioéthique après celles de 1994, de 2004, et de 2011. Un arsenal législatif que nous envie le monde entier qui nous perçoit comme leader en la matière.

Mais qu’a-t-on à envier à ce que l’on appelle la « bioéthique à la française » ?  

Dès l’origine la loi affirmait un principe fort de protection de l’être humain dès le commencement de sa vie et en même temps le transgressait en prévoyant le dispositif de procréation artificielle qui fabrique les embryons en éprouvettes, les trie et les jette.

Chaque loi de bioéthique a posé des jalons de plus en plus transgressifs repoussant les limites de l’éthique pour obéir à la science, à l’industrie procréatique ou pharmaceutique, aux désirs individuels.

Le projet de loi bioéthique que nous contestons aujourd’hui s’inscrit dans la même logique et est le résultat de 30 ans de bioéthique dévoyée.

Le résultat d’une France qui s’est habituée à l’idée de procréation artificielle présentée comme médicale si bien qu’il n’est plus possible de s’interroger aujourd’hui. En trente ans, c’est une véritable industrie qui s’est développée. Même son initiateur, Jacques Testart, père scientifique du 1er bébé éprouvette, dénonce ce qu’il appelle le « business procréatique ».

Il n’est donc pas étonnant qu’en 2021 ce business voie dans la PMA sans père une aubaine, qui lui offre de nouveaux clients.

– Le projet de loi est le résultat d’une France qui a perdu le sens de ce qu’est l’embryon humain. Une France qui a perdu le sens de l’humanité originelle. L’embryon humain n’est pas du matériel biologique. Il n’est pas un amas de cellules, à implanter ou non en fonction de son caryotype, ou d’un projet parental. L’embryon humain appartient à l’espèce humaine. Il est l’un d’entre nous. Et pourtant nous l’avons abandonné depuis 15 ans sur les paillasses des laboratoires. Aujourd’hui, les chercheurs qui se sont spécialisés dans l’embryon ne supportent plus aucun cadre.

Il n’est pas étonnant que le projet de loi bioéthique envisage d’utiliser l’embryon et ses cellules souches pour créer des gamètes artificiels, reconstituer des modèles d’embryons humains, industrialiser ses cellules souches pour les vendre aux laboratoires pharmaceutiques qui ont besoin de matériel biologique à grande échelle.

– Le projet de loi est le résultat d’une France qui a perdu la valeur de l’homme. Le monde entier perçoit les risques des OGM pour les moustiques, les betteraves ou encore le maïs. Et le gouvernement veut maintenir la possibilité de créer des embryons humains transgéniques ! Enlever un gène à un embryon humain c’est modifier tout son être et toute la descendance qui en résulterait. C’est créer l’homme génétiquement modifié. C’est toucher au patrimoine de notre humanité. Si nous créons des embryons transgéniques, nous ouvrons concrètement la porte au transhumanisme sans plus aucun retour en arrière possible. Voilà ce que la France s’apprête à faire dans le secret des laboratoires. Il serait inimaginable de le faire avec des embryons d’espèces protégées comme les ours polaires. Pourquoi acceptons de le faire avec des embryons humains ?

– Le projet de loi est le résultat d’une France qui a perdu le sens des priorités et ne protège plus certains membres de l’espèce humaine. La protection animale est devenue la priorité. Vendredi, les députés se félicitaient d’avoir voté en première lecture la loi sur la lutte contre la maltraitance animale. Il est juste de s’interroger sur la souffrance animale et d’agir collectivement pour la limiter. Mais où étaient-ils ces députés quand une majorité a voté au cœur de l’été, le 31 juillet à 1h du matin la légalisation de l’avortement jusqu’à 9 mois des bébés in utero dont leur mère invoque une détresse psychosociale ? Quelle société sommes-nous pour supprimer jusqu’à la veille de la naissance ceux qui sont considérés comme indésirables ?

On attend aussi des sénateurs qu’ils tiennent bon pour rejeter les chimères animal/homme dans le projet de loi. Détruire l’embryon humain pour intégrer ses cellules souches dans l’embryon animal, provoquer une confusion des espèces comme si l’homme avait la même valeur que l’animal (cf. Les députés adoptent la loi sur la maltraitance animale en première lecture).

Il est temps de dire STOP. Ce projet de loi bioéthique n’a rien de bio ni d’éthique. Il est le fruit d’une véritable omerta sur la procréation dite médicale, sur l’interruption médicale de grossesse et sur l’embryon humain. Nous le savons aujourd’hui combien de tabous nous rattrapent. Nos enfants nous demanderont des comptes sur la médecine et l’humanité que nous leur lèguerons.

Nous demandons aux sénateurs plus qu’un encadrement à la marge des aberrations qui nous sont servies dans ce projet de loi.
Aux députés, nous disons que ne voulons pas être complices du projet d’humanité détricotée que vous cherchez à inscrire dans le marbre de la loi.

C’est pourquoi nous demandons le retrait du projet de loi bioéthique. Nous ne lâcherons rien, jamais !

Photo : LaManifPourTous

Lucie Pacherie

Lucie Pacherie

Expert

Lucie Pacherie est titulaire du certificat d’aptitude à la profession d’avocat. Elle s’est spécialisée en droit de la santé et responsabilité médicale. Elle est juriste à la Fondation Jérôme Lejeune depuis 2010. Elle est co-auteur du livre Les sacrifiés de la recherche, publié en 2020.