L’interdiction de la recherche sur l’embryon justifiée politiquement et scientifiquement

Publié le : 10 juillet 2013

 L’examen de la proposition de loi visant à lever l’interdiction de la recherche sur l’embryon débute ce mercredi 10 juillet, à l’Assemblée nationale, contrairement au jeudi 11 juillet prévu initialement. Face à un tel passage en force d’un texte  aussi fondamental, politiques et scientifiques réagissent et expriment leur ferme opposition au texte.
Le député UMP Philippe Gosselin, suivi de 21 autres députés (*) dénoncent, dans une tribune publiée dans le Figaro, la proposition de loi autorisant la recherche sur l’embryon car elle nie l’humanité de l’embryon. Ils s’insurgent contre la stratégie privilégiée du gouvernement qui consiste encore une fois au "passage en catimini, à la sauvette et en force" de ce texte. 2 heure de débat juste avant Noël au Sénat (cf synthèse de presse Gènèthique du 5 décembre 2012), une niche parlementaire à l’Assemblée en Mars (Cf Synthèse de presse Gènéthique du 29 mars 2013), voilà que le gouvernement inscrit la proposition dans la session extraordinaire en plein coeur de l »été.

Pour les députés cosignataires de la tribune, le passage en force du gouvernement est "orchestré [pour] servir des intérêts industriels et financiers". Philippe Gosselin réaffirme donc qu’ils continueront de réclamer "qu’on puisse débattre de l’enjeu", sous la forme de "consultations" et "d’états généraux". Les "responsables politiques sont en principe garants de l’intérêt général". Or, soulignent-ils, "l’enjeu de la recherche sur l’embryon ne relève pas de l’intérêt général mais de l’intérêt particulier – et financier – de l’industrie pharmaceutique qui considère l’embryon humain comme un moyen simple et peu onéreux de modéliser des pathologies, et cribler des molécules", un service qui peut être rendu par les cellules iPS, précisent les auteurs de la tribune. Le comportement de l’industrie pharmaceutique amène ainsi les députés à s’interroger sur son influence à l’égard de la législation : "Les modifications de la législation relative à la bioéthique peuvent-elles être conduites par les besoins du marché? Comment le président de la République et sa majorité peuvent-ils envisager de sacrifier l’embryon humain au profit d’intérêts commerciaux, mais aussi dogmatiques?!". 

Car scientifiquement, "l’embryon est défini comme un organisme en développement depuis sa première division jusqu’au stade où les principaux organes sont formés", précise dans La Croix et Le Figaro le Pr Emmanuel Sapin, chef du service de chirurgie pédiatrique et néonatale au CHU de Dijon, spécialiste en chirurgie foetale. Accompagné de Claude Huriet, Alexandra Henrion-Caude et Alain Privat, ils rappellent "que le processus de développement d’un être humain ne change jamais de nature, du début à sa fin. Aussi en tant que scientifique "par simple précaution, […]dans le doute, [on] ne devrait pas considérer l’embryon humain comme un outil, mais bien le respecter dans la dynamique de son développement en tant qu’être humain, organisme vivant". 
D’un point de vue médical, ajoute-t-il, la pratique considère l’embryon comme un patient, et le protège "de divers facteurs endogènes et exogènes susceptibles de nuire au développement embryonnaire ou foetal" tels que les interactions médicamenteuses, le stress maternel ou encore les rayonnements ionisants.      
Enfin, le Pr Emmanuel Sapin précise qu’en matière de médecine régénérative, de nombreux pays investissent des moyens humains et matériels pour la recherche sur les cellules souches adultes – "avec déjà des applications pratiques et des perspectives importantes" – et sur les cellules iPS. En effet, ces deux types de cellules sont à même de remplacer les cellules souches embryonnaires et ne pose pas de problème éthique puisqu’elles "ne constituent [pas] un organisme en développement". Il faut d’ailleurs rappeler qu’aucune application thérapeutique n’a abouti en matière de cellules souches embryonnaire "malgré plus de vingt ans de recherche" précise-t-il. 

La France se prépare cette après-midi a voté un texte qui supprimerait notre principe fondateur de protection de l’être humain, alors même que des scientifiques de renoms démontrent de l’inutilité de cette recherche non éthique.
 

(*) Députés cosignataires: Julien Aubert (Vaucluse), Véronique Besse (Vendée), Xavier Breton (Ain), Dino Cinieri (Loire), Marie-Christine Dalloz (Jura), Jean-Pierre Decool (Nord), François de Mazières (Yvelines), Nicolas Dhuicq (Aube), Jean-Christophe Fromantin (Hauts-de-Seine), Annie Genevard (Doubs), Claude Goasguen (Paris), Patrick Hetzel (Bas-Rhin), Marc Le Fur (Côtes-d’Armor), Hervé Mariton (Drôme), Patrice Martin-Lalande (Loir-et-Cher), Alain Marty (Moselle), Philippe Meunier (Rhône), Yannick Moreau (Vendée), Jean-Frédéric Poisson (Yvelines), Laure de la Raudiere  et Dominique Tian (Bouches-du-Rhône). 

 Le Figaro 10/07/2013 - La Croix (Pr Emmanuel Sapin) 10/07/2013 - AFP 09/07/2013

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