L’exposition  »Our body, à corps ouvert » interdite

Publié le : 1 mai 2009

Début avril, les associations « Ensemble contre la peine de mort » et « Solidarité Chine » ont assigné en justice l’organisateur de l’exposition anatomique « Our body, à corps ouvert » qui, après Lyon et Marseille, se tenait à Paris depuis février et présentait 17 cadavres pouvant être ceux de prisonniers ou condamnés à mort chinois. Selon ces associations, une telle exposition allait à l’encontre de l’article 16 du Code civil qui « interdit toute atteinte à la dignité de la personne » et enfreignait le Code de la santé publique selon lequel les corps ne peuvent être utilisés qu’à des fins scientifique ou thérapeutique. 

 

Le 21 avril, le Tribunal de grande instance de Paris a interdit l’exposition, jugeant qu’elle constituait « une atteinte manifeste au respect dû aux cadavres » et « un manquement à la décence« . Et, le 30 avril dernier, la Cour d’appel de Paris a confirmé cette interdiction au motif que « la société organisatrice de l’exposition ne rapporte pas la preuve, qui lui incombe, de l’origine licite et non frauduleuse des corps et de l’existence de consentements autorisés« .

 

Marchandisation des corps

 

Professeur de philosophie à la faculté de médecine de Marseille et vice-président du Comité consultatif national d’éthique (CCNE), Pierre Le Coz s’est élevé contre l’argument pédagogique – voire artistique – avancé par les organisateurs qui, d’après lui, « ne sert en réalité qu’à camoufler une préoccupation plus prosaïque, d’ordre lucratif« . Il a aussi dénoncé une certaine « vision colonialiste de l’homme asiatique« , ajoutant que, la dernière fois « que l’on a pratiqué un traitement industriel, anonyme, dépersonnalisé des cadavres, c’était dans les camps de la mort« . « Comment en est-on arrivé là, dans un Etat dont la loi de bioéthique proclame l’indisponibilité et la non-patrimonialité du corps humain ?« , s’est-il interrogé.

 

Avis du CCNE

 

Saisi en 2008, le CCNE avait rendu un avis négatif sur le sujet, estimant que : « le non-dit majeur » de l’exposition était « la prime au voyeurisme sous couvert de science« , qu’elle introduisait un « regard techniciste » sur des corps « désingularisés » et qu’ »il serait naïf, faux et sans doute dangereux de laisser croire au public qu’il n’y avait jadis qu’une occultation de la mort et que nous parvenons enfin au dévoilement de la Vérité sur l’homme« .

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