Les nanotechnologies : un débat sous l’emprise de la peur

Publié le : 27 janvier 2010

Regroupant les « technologies à l’échelle du nanomètre, soit un milliardième de mètre« , les nanotechnologies font l’objet de peurs et rencontrent de fortes oppositions. Les opposants au développement de ces technologies dénoncent leurs dangers potentiels pour le genre humain.

Le mot « nanotechnologie » a été popularisé avec l’ouvrage du physicien américain Eric Drexler intitulé « Engins de création : l’avènement des nanotechnologies » (« Engines of creation : The coming Era of nanotechnology« ) paru en 1986. Ce livre décrit une perspective hypothétique de fin du monde causée par une perte de contrôle de nanoparticules devenues impossibles à maîtriser, une « ‘gelée grise’ de nanorobots autoreproducteurs dévorant le monde« . Cette mise en scène d’Eric Drexler « mélange court et très long terme, problèmes techniques et considérations philosophiques« . Si les perspectives sont très différentes entre l’introduction de « nanoparticules d’argent dans des chaussettes pour les rendre moins odorantes » et l’installation d’un « implant neuronal pour aider un paralysé ou améliorer les performances d’un ‘surhomme’« , la crainte est pourtant là et le développement de ces technologies fait débat. Certains se demandent, à l’instar du groupe grenoblois Pièces et Main d’oeuvre, si celles-ci ne mettront pas « en péril l’intégrité du genre humain » en accouchant « d’un ‘transhumanisme qui, avec son projet de création d’une race supérieure, n’est jamais qu’un nazisme en milieu scientifique’« . Cette vision apocalyptique motive ces opposants à « empêcher la tenue des réunions sur les nanotechnologies, organisées par la Commission nationale du débat public (CNDP), à la demande du gouvernement« . Selon eux, « ‘toutes les décisions sont déjà prises’, et la tenue de ces débats ne ferait que légitimer, par une pincée factice de démocratie participative, ces décisions jugées tragiques« . Plusieurs réunions en France ont ainsi tourné à la farce, et finissent sans avoir vraiment commencé. A chaque fois, « les organisateurs prennent la parole, et le chahut commence. Criant ‘le débat on s’en fout, on ne veut pas de nanos du tout‘ ».

Pour l’heure, « le gouvernement laisse la CNDP se débrouiller« , avec l’espoir que « le débat de synthèse, prévu à la Cité des sciences à Paris le 23 février [2010], ne tourne pas, lui aussi, à la farce« . Jean Bergougnoux qui en préside la commission organisatrice proteste contre « l’idée selon laquelle ‘tout serait décidé’« . « Qu’il s’agisse de la protection des travailleurs, de la déclaration par les industriels de leurs nanoproduits, de la protection de l’environnement, du recyclage des nanomatériaux, de l’orientation des recherches, de nombreuses décisions sont à prendre » indique-t-il. S’il souligne le succès que remporte l’intérêt pour les nanotechnologies, « restent ces réunions publiques avortées, signe d’impuissance« . Celles-ci nourrissent les peurs des politiques et des industriels : la peur « que les nanotechnologies, dont le potentiel économique leur semble immense, soient victimes de l’effet OGM français » ou « la peur d’être plus tard jugés coupables d’avoir autorisé des technologies qui pourraient se révéler dangereuses. Et là, c’est le syndrome de l’amiante qui surgit« .

La science-fiction, et le monde industriel et politique américain se sont emparés du sujet « poussés par un lobby de chercheurs qui ‘survend’, explique le physicien Etienne Klein, des perspectives scientifiques à la sauce californienne, avec un surhomme ‘amélioré‘ par des implants nanotechnologiques coûteux et surclassant Homo sapiens ». Les nanotechnologies n’échappent pas à la règle historique selon laquelle le progrès technique « a toujours appelé des reconfigurations de nos modes de vie, de nos valeurs, de notre imaginaire » mais il conviendrait « de ne pas se faire de ce progrès lui-même une idée imaginaire » estime Etienne Klein.

Aux Etats-Unis des programmes de recherches, drainant des milliards d’euros, sont menés et « plus de mille produits commerciaux comportent des nanomatériaux dont les propriétés biologiques ne sont pas toutes connues« .

<p>Libération (Sylvestre Huet) 27/01/10</p>

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