Les naissances de bébés génétiquement modifiés sont déjà interdites dans la majorité des pays du monde

Publié le : 3 novembre 2020

Une étude publiée dans The CRISPR Journal révèle que 70 pays interdisent déjà explicitement la naissance de bébés génétiquement modifiés, ou bébés CRISPR. Ce constat « contraste (…) avec les affirmations selon lesquelles un accord international serait peu probable sur la question de l’édition du génome humain héréditaire pour la reproduction humaine ». A l’heure où plusieurs comités internationaux réclament des recommandations politiques mondiales sur cette question, le tableau dressé par l’étude pourrait signifier qu’ « un accord mondial pourrait être à notre portée ».

Sous la direction de Françoise Baylis, professeur de recherche au département de philosophie de la faculté de médecine de l’université Dalhousie au Canada[1], quatre chercheurs ont recensé les lois sur de la modification génétique des embryons et des cellules germinales de 106 pays[2].

11 pays autorisent explicitement « l’utilisation d’embryons in vitro génétiquement modifiés dans la recherche en laboratoire », sans autoriser l’implantation de ces embryons génétiquement modifiés dans le but d’une naissance. 19 pays interdisent l’édition des embryons même sans visée reproductive, 4 pays interdisent avec exceptions, 6 pays sont « indéterminés » et 56 pays n’ont pas de législation.  

Concernant la modification du génome humain héréditaire, avec implantation puis naissance, l’étude a révélé que 70 pays l’interdisent explicitement, 5 pays l’interdisent en prévoyant quelques exceptions (Colombie, Panama, Belgique, Italie, Emirats Arabes Unis), 3 pays n’ont pas de position claire (Burkina Faso, Singapour, Ukraine), 18 pays ne se sont pas prononcés et aucun pays ne l’autorise explicitement.

Depuis l’annonce par le chercheur chinois He Jiankui de la naissance de deux jumelles génétiquement modifiées en novembre 2018, cette question n’a fait que « gagner en intensité ». He Jiankiu écope actuellement de trois ans de prison pour avoir enfreint la loi (cf. La Chine condamne à trois ans de prison le chercheur à l’origine des « jumelles OGM »). En mars 2019, plusieurs scientifiques, dont Françoise Baylis, Feng Zhang et Emmanuelle Charpentier, ont appelé à un moratoire mondial sur l’édition du génome héréditaire « afin de laisser le temps aux discussions nécessaires pour établir un cadre international » (cf. Bébés génétiquement modifiés : aux Etats-Unis, le directeur des National Institutes of Health réclame « un moratoire d’au moins cinq ans » et Bébés génétiquement modifiés : des chercheurs réclament un moratoire temporaire). Une commission internationale a également été convoquée, qui a publié un rapport en septembre 2020. « Mais il manque un élément essentiel à tout ce discours, explique Françoise Baylis : un décompte précis, ou une représentation, des politiques existantes dans le monde entier qui régissent l’édition du génome humain germinal et héréditaire ». Pour la chercheuse, « on ne devrait pas aller de l’avant en essayant d’élaborer des politiques sans comprendre réellement l’état de l’art, pour ainsi dire ».

Les données de cette étude sont organisées par pays, les informations sont publiques et accessibles, elles continueront à être mises à jour régulièrement, afin de « mieux comprendre le paysage politique ».

[1] Françoise Baylis appartient également au Comité consultatif d’experts de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) sur l’élaboration de normes mondiales vis-à-vis la modification génétique des embryons.

[2] Soit un peu plus de la moitié des 193 Etats membres des Nations Unies et deux Etats non membres observateurs (l’Etat de Palestine et le Vatican).

Sources : The CRISPR Journal, Françoise Baylis, Marcy Darnovsky, Katie Hasson et Timothy M. Krahn (20/10/2020) ; Center for Genetics and Society (27/10/2020) ; Forbes, Farah Qaiser (31/10/2020)

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