« Les atteintes à la dignité des personnes âgées atteignent aussi notre dignité »

Publié le 4 Mai, 2021

« Des visites restent interdites par endroits, certaines personnes âgées sont placées à l’isolement après une sortie en famille. » Dans un entretien pour le journal Le Figaro suite à la publication d’un rapport de l’institution, Claire Hédon, Défenseur des droits, déplore des « entraves à la liberté » qui « perdurent » dans les Ehpad, saluant néanmoins l’« engagement » de « la majorité des professionnels des maisons de retraite ».

La Défenseur des droits préconise de renforcer l’encadrement dans les établissements et de « restaurer l’attractivité des métiers du grand âge pour améliorer la qualité de l’accompagnement ». En effet, « le manque de personnel et les contraintes budgétaires sont à l’origine d’une foule de dysfonctionnements, dénonce Claire Hédon : résidents nourris avec des repas mixés pour aller plus vite, horaires de repas ou de coucher fixés uniquement pour s’adapter aux emplois du temps du personnel, couches imposées faute d’accompagnement… ». L’institution a dû instruire « plus de 900 réclamations » sur les six dernières années, 211 depuis un an dont deux qui « émanent de collectifs représentant quelque 300 familles ».

Des manquements pendant la crise sanitaire

« Il est à noter que nombre de personnes résidant en Ehpad n’ont jamais pu sortir de leur établissement depuis le mois de mars 2020 », pointe le rapport du Défenseur des droits. Et encore aujourd’hui, « l’interdiction de sortie de résidents, mêmes vaccinés, « a été maintenue dans un certain nombre d’établissements«  ». Réciproquement, « nombreux sont les établissements, objets de réclamations, dans lesquels les visites n’ont été possibles qu’à une faible fréquence », et « dans des conditions comparées par les familles à celles d’un « parloir » de prison », d’après le rapport du Défenseur des droits (cf. Une proposition de loi pour créer un droit de visite pour les malades, les personnes âgées et handicapées).

Des restrictions qui ne sont pas sans conséquence. Parmi les réclamations, certaines évoquent « la dégradation majeure de l’état psychologique et/ou physique des personnes résidant en Ehpad », et des personnes âgées « ayant perdu le goût de la vie, souffrant de dépression, exprimant le sentiment d’être emprisonnées ».

La fin de vie négligée

Pour Claire Hédon, « la question de la fin de vie n’est pas assez anticipée » dans les Ehpad. « Des personnes âgées sont décédées seules sans aucun accompagnement de leurs proches », rappelle-t-elle.

Et en ce qui concerne les soins palliatifs, les équipes mobiles sont « surchargées ». Ce qui amène « plus fréquemment » à adresser des personnes âgées en fin de vie aux urgences. Cette prise en charge « au sein des établissements » doit être développée, recommande la Défenseur des droits.

Une question urgente

« Nous appelons à un changement majeur et à des mesures fortes car nous sommes face à un vrai enjeu de changement de regard sur le grand âge », affirme Claire Hédon. « En 2060, la France comptera 24 millions de personnes âgées de 60 ans et plus pour 73 millions d’habitants ». Pour la Défenseur des droits, « la question de l’avancée en âge est un défi dont notre société n’a pas pris toute la dimension ». « Il faut défendre l’idée exigeante d’un accueil digne, de qualité. C’est un enjeu de société, estime-t-elle. Les atteintes à la dignité des personnes âgées atteignent aussi notre dignité et influent sur la manière dont nous nous projetons dans l’avenir. » (cf. La dignité, un mot dévoyé)

 

Sources : Le Figaro, Agnès Leclair (04/05/2021) – Photo : Pixabay

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