Le sort de l’embryon, décidé aujourd’hui

Publié le : 16 juillet 2013

Le verdict tombera dans l’après-midi. Après les questions au gouvernement, les députés auront à se prononcer pour ou contre  l’article unique de la proposition de loi visant à autoriser sous certaines conditions la recherche sur l’embryon selon la procédure du vote bloqué imposée par le gouvernement.

 

Le moment est grave, car il s’agira de considérer l’embryon humain comme un « matériau biologique quelconque« , de considérer « 50 000 humains congelés […] comme réactifs pour des laboratoires pharmaceutiques« . Nombre d’experts s’indignent de cette révolution éthique, juridique, scientifique, indigne des principes fondateurs français.

 

Il faut rappeller que la proposition de loi vise à autoriser la recherche sur les embryons surnuméraires dénués de projet parental, et dont le projet de recherche devra être « scientifiquement pertinent », « avoir une finalité médicale », « ne pouvoir être conduit qu’avec des embryons humains », « respecter les garanties éthiques ». Ce changement de loi entrainera une multiplication des recherches sur l’embryon. Bertrand Mathieu, spécialiste de droit constitutionnel précise qu’en abandonnant l’interdiction de recherche sur l’embryon, « la législation abandonne en même temps le fondement qu’est la dignité [humaine] ». Monseigneur Pierre d’Ornellas, chargé des questions de bioéthique au sein de la conférence des évêques de France, alerte : « le droit coupé du réel ne respecte pas l’être humain« . Ce droit devient alors une « tactique élaboré par un groupe majoritaire pour faire ce qu’il veut« . L’honneur de la France insiste-t-il est d’interdire cette instrumentalisation de l’être humain, qui est la conséquence cohérente de la science, du droit, et de l’éthique.

 

Fabrice Hadjadj, philosophe, et directeur de Philantropos, l’institut européen d’études anthropologiques, répondant au professeur René Frydman, ayant affirmé dans le Figaro que « l’embryon n’est pas une personne humaine« , s’offusque :  » L’évidence, c’est que l’embryon dont il est question est humain. Aucun scientifique ne peut dire le contraire ». Il ajoute sur le même ton : « c’est curieux, on ne vient jamais chercher un philosophe pour effectuer une PMA; mais on n’hésite pas à demander à un médecin de se prononcer sur des questions philosophiques. » Or la notion de personne n’est rien d’autre qu’une notion métaphysique. Oui, Fabrice Hadjadj l’affirme, à partir du moment où l’embryon est un être humain, le supprimer relève de l’homicide, et refuser de le dire en utilisant « des détours de langage » relève de la dissimulation. Avec une pointe d’ironie, le philosophe dénonce une société technocratique qui reconnait « personne » les seuls êtres qui s’inscrivent dans une planification. La proposition de loi autorisant la recherche sur l’embryon va « inscrire la réduction de l’humain à un pur martériau » précise-t-il, s’y opposer ne signifie pas être rétrograde, d’autant plus lorsque l’on connaît la découverte du professeur Yamanaka qui laisse le Japon devancer la France avec cette méthode prometteuse. Les promoteurs de la recherche sur l’embryon font passer volontairement leurs contradicteurs pour des « fidéistes irrationnels« , mais pour Fabrice Hadjadj, « il y a beaucoup à dire sur l’obsurantisme scientiste et ses fanatiques« .

 

Face au peu de suspens du vote de la loi, les députés ne s’avouent pas vaincus pour autant. Pour défendre l’embryon jusqu’au bout, Philippe Gosselin annonce qu’un recours au Conseil constitutionnel sera déposé juste après le vote.

 

Enfin, il faut rappeler que malgré ce contexte français hostile à l’embryon, la pétition européenne « Un de nous » visant à contrer le financement européen des programmes de recherche impliquant la destruction d’embryons humains  » à hauteur de 50 millions d’euros entre 2007 et 2013« , a réuni jusqu’à présent 762 000 signatures, dont 66 799 en France. Les citoyens eux non plus n’ont pas dit leur dernier mot.    

<p>Le Figaro (Etienne de Montety) 16/07/2013 - La Croix (Denis Sergent-Flore Thomasset-Claire Lesegretain-Marianne Meunier-Laurent de Boissieu) 16/07/2013 - LCP 16/07/2013</p>

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