Le plaidoyer pour une  » GPA éthique  » de Libération

Publié le : 6 août 2014

Dans son édition du 6 août, Libération réagit à l’affaire thaïlandaise (Cf. Synthèse Gènéthique du 4 août 2014) qui a révélé qu’un couple australien avait abandonné à leur mère porteuse un enfant né avec une trisomie. Un dossier de 4 pages dans Libération, consacré à ce sujet, constate les dérives possibles et défend une  » GPA éthique  » (sic).

 

Dans son éditorial intitulé  » Éthique « , Alexandra Schwartzbrod propose de « s’emparer de ce sujet de société  » et  » de l’étudier sous tous ses aspects : le droit à l’enfant, le droit de l’enfant et le droit de la mère porteuse « . Malgré l’irresponsabilité des parents et les dérives liées à ce procédé, la journaliste estime qu’ « il ne faut pas pour autant condamner une pratique qui, si elle est très soigneusement encadrée, peut permettre à nombre de parents infertiles d’assouvir leur désir d’enfants sans contrevenir à la santé d’autrui. » Et de conclure  » Une GPA éthique, oui, les deux mots ne sont pas forcément incompatibles « .

 

Par la suite un récit du correspondant de Libération à Bangkok apporte son analyse des faits. Là encore, loin de fustiger l’attitude des parents, l’auteur dresse un constat dénonçant à demi-mot la version de la maman thaïlandaise. Introduisant la GPA comme  une expérience banale en Thaïlande, où la maternité de substitution est devenue, du fait de cadre légal particulièrement flou, un commerce lucratif avec ses réseaux d’agents et ses grilles de tarifs

 

Libération revient ensuite sur la condamnation de la France par la Cour européenne des Droits de l’Homme (CEDH)  » pour avoir refusé de reconnaître – une filiation légalement établie aux États-Unis – entre des enfants nés d’une GPA et de leurs parents. La CEDH fait une différenciation importante entre le droit d’avoir un enfant (via la GPA) et les droits de l’enfant en question : la France a bien le droit d’interdire la GPA sur son territoire, mais elle ne peut en revanche priver l’enfant qui en est issu du droit à avoir une filiation légale.« 

 

Cette contradiction avait été soulevée par Aude Mirkovic, professeur de droit, dans un entretien au Figaro : « Vous pouvez désormais aller tranquillement à l’étranger vous acheter un enfant, la Cour européenne vous assure le service après-vente. »

Puis c’est Laurence Rossignol, secrétaire d’État chargée de la Famille qui est invitée à donner son opinion  dans une brève interview. Elle confirme le choix du Gouvernement de ne pas faire appel de la décision de la CEDH (Cf. Synthèse Gènéthique XXX) car « les enfants ne doivent pas être pénalisés du mode de conception, même contestable, choisi par leurs parents. C’est une évolution progressiste qui s’inscrit dans la continuité du code civil qui ne fait plus de différences entre enfants légitimes, naturels, adultérins. Il est donc juste que les enfants nés de GPA bénéficient de la même sécurité que les autres. Ce qui est en jeu c’est l’intérêt supérieur de l’enfant. « 

 

Enfin, Libération fait appel à des intellectuels engagés sur la question, donnant la parole aux  » opposants farouches  » que sont les signataires de la lettre ouverte du 13 juillet (publiée dans Libération) adressée au Président de la République (Cf. Synthèse Gènéthique du 15 juillet 2014), et les « tenants d’une autorisation raisonnée ». Ces derniers, dont Elisabeth Badinter et Irène Théry, plaident pour une  » GPA éthique  » par la mise en place de  » garde-fou aux dérives les plus redoutées : marchandisation du corps, exploitation des plus pauvres par les plus riches, trafic d’enfants et réseaux mafieux « , sans pour autant préciser quels seraient ces gardes fou. La question se pose de savoir ce qui distingue une  » GPA éthique  » et une  » GPA pas éthique ».

<p>Libération (Arnaud Dubus, Alexandra Schwartzbrod, Sonya Faure, Matthieu Ecoiffier, Cécile Daumas )06/08/2014 - Gènéthique</p>

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