Le marché de l’ADN : séquençage et enjeux éthiques

Publié le : 19 août 2014
David Cameron, le premier ministre britannique, a annoncé en début de mois que le Royaume-Uni avait l’intention d’investir pour obtenir la « plus grande base génétique au monde ». Cette dépense constitue le 2e volet de son projet Genomic England qui poursuit comme objectif le séquençage d’ici à 2017 du génome de 100 000 citoyens. Jusqu’ à présent cela a coûté £ 400 millions soit 500 millions d’euros.

 

Course au séquençage

 

Que faire de toutes ces données génétiques ?  « Les chercheurs espèrent que la comparaison du code génétique entre une personne saine et une personne malade permettra de développer des traitements plus ciblés, personnalisés et efficaces ».
Illumina, « leader mondial du séquençage » a d’ores et déjà promis d’investir au Royaume-Uni, dans le cadre du projet Genomics England, où il possède un centre de recherche près de Cambridge. Cette dernière abrite également le campus du Welcome Trust, fondation britannique qui investit dans la recherche génétique.

 

Dans Le Monde du 19 août 2014, Jay Fatley, directeur et fondateur de l’entreprise américaine Illumina est interviewé sur le lancement de son « système capable de décrypter un génome en moins de 24 heures et pour 1000 dollars ». Il y dévoile ainsi la stratégie de l’entreprise et les débouchés futurs dans le domaine de la médecine prédictive : « connaître la prédisposition des individus à diverses maladies » Et ainsi, « bientôt lorsque vous irez voir votre oncologue, la génétique l’aidera à choisir le cocktail de molécules le plus efficace pour votre traitement. » Ce patron très courtisé par les laboratoires pharmaceutiques et qui travaille avec Google sur des « projets avant-gardistes », explique qu’en 2010 il a fait analyser son génome : « J’ai ainsi appris que je souffrais d’une dizaine de pathologies et que j’aurais dû mourir des années auparavant ! » Il estime à 20 milliards de dollars en 2014 le marché du séquençage et des tests ADN.

 

Limites du séquençage : tous les facteurs ne sont pas génétiques

 

Néanmoins, tous ne partagent pas cet enthousiasme sur la médecine prédictive. Ainsi le professeur Dominique Stoppa-Lyonnet, chef du service de génétique de l’Institut Curie, également interviewée, met l’accent sur les limites du séquençage : « [Elle] révèle une augmentation du risque [de développer une maladie], mais ne permet pas de dire si une personne donnée va ou on développer avec certitude un cancer et quand. […] » D’autant plus qu’ « un grand nombre de facteurs de risque n’ont rien de génétique ». En effet, seulement 5 à 10% des cancers fréquents (sein, côlon, ovaire…) sont liés à un facteur génétique. D’après elle il est « trop tôt pour pratiquer des tests de prédisposition dans la population générale. Il y a un risque de se tromper et de prise de décisions inappropriées, notamment en termes de chirurgie préventive ».

 

Questionnements éthiques

 

Enfin ce séquençage pose d’importantes questions éthiques. Laurent Alexandre, président de DNAvision pointe du doigt les tests génétiques prénataux : « Le séquençage intégral de l’ADN de l’enfant va bouleverser notre rapport à la procréation, puisque des milliers de maladies pourront être dépistées systématiquement pendant la grossesse », s’alarmant d’un futur « toboggan eugéniste ». Le DPNI permet déjà de séquencer l’ADN du fœtus dans le sang de la mère afin de détecter une trisomie 21.
<p>Le Monde 18/08/14 et 19/08/14 Chloé Hecketsweiler / Alexandre Léchenet </p>

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