Le génome de votre conjoint peut impacter votre propre santé

Publié le : 7 janvier 2021

Une étude basée sur plus de 80 000 couples a révélé des « effets génétiques indirects » réciproques entre les deux membres d’un couple, dans des domaines variés « allant des habitudes de tabagisme à la santé mentale ». Ainsi, santé et mode de vie subissent l’influence des gènes du conjoint. Ces effets génétiques indirects sont « une forme d’influence de l’environnement ».

Cette étude, publiée le 14 décembre dans la revue Nature Human Behaviour[1], a utilisé des données de la UK Biobank. Elle a été menée par Charley Xia et Albert Tenesa, de l’Université d’Edimbourg. Les chercheurs ont analysé le génome, les habitudes de vie et la santé de 80 889 couples hétérosexuels d’origine européenne. Ils ont sélectionné 105 traits complexes dépendant de plusieurs gènes (comme la taille, le tabagisme ou la sensibilité aux sautes d’humeur). A l’aide d’un modèle statistique ils ont pu identifier de nombreuses corrélations entre des traits caractéristiques des individus et le génome de leurs conjoints.

Ils ont découvert qu’ « environ 50 % de ces traits présentaient une certaine corrélation avec la composition génétique du conjoint ». Parmi ces corrélations ils estiment que la moitié sont dues au fait que les couples se sont choisis parce que les personnes avaient déjà des points communs. Par exemple il est fréquent qu’une femme de grande taille choisisse un homme de grande taille, sans que l’on ne puisse parler d’influence génétique. Mais les chercheurs estiment que 25 % des corrélations  sont véritablement dues à des effets génétiques indirects, impliquant au moins un lien de cause à effet, « c’est-à-dire que le génotype d’une personne a un effet détectable sur le phénotype[2] d’une autre personne ».

Parmi ces corrélations d’ordre génétique, ils ont trouvé « plusieurs caractéristiques alimentaires, telles que la consommation de volaille et de bœuf déclarée par l’intéressé, le temps passé devant la télévision, la sensibilité aux sautes d’humeur et les habitudes tabagiques ». Selon Daniel Belsky, un épidémiologiste de l’université Columbia, « l’étude de l’équipe représente une preuve de concept que les effets génétiques indirects peuvent être importants chez l’homme ».

Pour Charley Xia, la prochaine étape pour « bien comprendre les mécanismes responsables des effets identifiés par l’équipe », sera de « se concentrer davantage sur les traits individuels » et d’étudier les mêmes personnes « pendant plusieurs années ». De façon plus immédiate, cette étude « est un rappel important de la complexité des relations génotype-phénotype », ajoute Daniel Belsky : « c’est un autre argument contre une interprétation déterministe du bagage génétique d’une personne, quand on pense au type de vie qu’elle va mener et au type de risques sanitaires qu’elle va rencontrer ».

 

 

[1] Evidence of horizontal indirect genetic effects in humans

[2] Le phénotype décrit l’ensemble des caractères observables d’un individu. Il dépend de l’expression des gènes (génotype) et de l’environnement. Par exemple, le fait de souffrir de diabète de type 2 peut à la fois être lié à des prédispositions génétiques et à de mauvaises habitudes alimentaires. Des modifications épigénétiques peuvent aussi modifier un phénotype. L’épigénétique est un processus qui explique comment des facteurs environnementaux (alimentation, tabagisme, stress…) influencent l’expression des gènes et donc le phénotype. (source)

 

 

Source : The Scientist, Catherine Offord (05/01/2021) – Photo : Pixabay\DR

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