Le dépistage : pour le bien des patients ?

Publié le : 7 novembre 2013
Le recours massif au dépistage qui s’explique par la hausse à la fois de l’offre et de la demande, pose des questions sociales et sociétales. « La dimension éthique du dépistage est essentielle » et ne fait pas bon ménage avec ses enjeux financiers révèle un dossier de la gazette Santé social consacré aux risques de tout type de dépistage.
La hausse de l’offre en matière de dépistage s’explique par la tendance de la médecine à être de plus en plus prédictive et par sa nature innovante. Du côté de la demande, la société exige le risque zéro. « Les personnes demandent un dépistage pour être tranquillisées, elles veulent un résultat net et négatif », selon Pierre Sonigo, directeur R&D du laboratoire Bio-Rad.
 
 
 
La question de la finalité du dépistage est soulevée. En effet, il peut « porter une violence médicale au nom du progrès », selon les mots du professeur Sicard, évoquant le dépistage de la surdité dans la période néonatale, « institué sous la pression des ORL ». Il poursuit en mettant en garde contre l’obsession du dépistage de la trisomie 21 qui conduit à traquer les personnes trisomiques au lieu de les accueillir. Enfin, on peut s’interroger sur l’opportunité d’un dépistage lorsque les perspectives thérapeutiques sont incertaines, comme c’est le cas pour la maladie d’Alzheimer. « Est-ce vraiment utile au patient? » Le médecin doit pouvoir proposer un projet thérapeutique, au risque de conséquences psychologiques, car « la personne veut savoir comment elle va pouvoir lutter contre la maladie, si elle aura un accès juste à tous les moyens thérapeutiques. »
« Aucun dépistage n’est totalement fiable », selon Frédéric de Bels, chef du département dépistage de l’Institut national du cancer (Inca). Les incertitudes du dépistage requièrent donc que chaque résultat positif doit être confirmé par un diagnostic. Or ces examens complémentaires présentent des risques pour la santé des patients car ils sont « parfois invasifs, voire mutilants ».  Par ailleurs, la multiplication des radiographies font s’accumuler dans notre corps des doses de rayons X, néfastes à la longue, alors que les patients n’en on aucune traçabilité.
 
 
Les médecins sont tenus à l’obligation d’informer le patient (art. L1111-2 du CSP) afin de respecter le consentement éclairé du patient. Le code de déontologie médicale le prévoit: « le médecin doit à la personne […] une information loyale, claire et appropriée […]. Il tient compte de la personnalité du patient dans ses explications et veille à leur compréhension […]. La remise systématique d’un document d’information standardisé ne dégage pas le médecin de son obligation ». Cristel Prado, présidente de l’Unapei[1], évoque la nécessité de « bien accompagner les couples, pour garantir leur libre arbitre face au dépistage ». Or dans la démarche de dépistage de la trisomie 21, il s’avère que « l’information est parfois très incomplète ou pas toujours  donnée au bon moment de la grossesse » met en garde le docteur Norbert Winer[2]. D’autres professionnels font état des pressions sur les patientes pour entrer dans cette démarche de dépistage, alors que ce « geste n’est pas anodin ».
 
 
« Le dépistage est un marché. Et l’éthique en la matière intéresse peu » avertit le professeur Didier Sicard, président d’honneur du CCNE[3]. Et de préciser que dans les faits, « les examens de dépistage constituent la base de l’activité de certains spécialistes ». Il se prononce également sur l’absurdité du développement du dépistage de facteurs de risque [4] qui « ne rend service qu’aux firmes qui commercialisent des techniques de dépistage des génomes » et n’a aucun sens pour le patient car une prédisposition dépend de multiples conjonctions.
 
Le professeur Sicard plaide pour « une réflexion économique sur la finalité et l’efficacité du dépistage » à l’occasion de la prochaine loi de santé publique.
 
 
[1] L’ Union nationale des associations de parents, de personnes handicapées mentales et de leurs amis
[2] Responsable de la fédération française des centres pluridisciplinaires de dépistage prénatal (CPDPN)
[3] Comité consultatif national d’éthique pour les sciences de la vie et de la santé
[4] Il s’agit de dépister la prédisposition d’un patient à une pathologie, comme un type de cancer, en analysant notamment le génome.  
<p> Dossier "Ethique, les risques du dépistage" (Emilie Lay) Octobre 2013 in Gazette Santé Social</p>

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