Le débat sur la fin de vie concerne la société tout entière

Publié le 16 Avr, 2013

 Alors que le gouvernement actuel prévoit de mettre en place “une assistance médicalisée pour terminer sa vie dans la dignité” et que le CCNE doit rendre prochainement un avis sur les modalités du suicide médicalement assisté, Vincent Leclercq, médecin généraliste, professeur d’éthique et prêtre assomptionniste, publie un ouvrage relatif à la fin de vie. Interviewé à cette occasion par l’hebdomadaire Pèlerin, il explique que le débat sur la fin de vie concerne tous les membres de notre société.

 

Interrogé sur les raisons qui l’ont incité à s’intéresser à la fin de vie, Vincent Leclercq explique que lorsqu’il était interne en médecine, il avait été “choqué” que le chef du service où il travaillait ait “demandé aux infirmières de poser un cocktail lytique [“un mélange de médicaments qui accélère la mort” précise la journaliste] à un patientUne euthanasie clandestine“. Et d’ajouter: “le  cocktail n’a pas marché, on a dû le refaire. Le patient a mis deux jours à mourir“. A contrario, dans un autre hôpital en charge des malades du sida, le médecin avait “vu que l’on pouvait mourir autrement. Avec sérénité“. 

Pour Vincent Leclercq, la loi Léonetti de 2005 relative aux droits des malades et à la fin de vie  actuellement en vigueur, ne doit pas être modifiée. En effet, “en refusant tout acharnement thérapeutique, en respectant la volonté du patient et en obligeant à soulager la douleur“, cette loi est “tout à fait équilibrée” estime le professeur d’éthique. En outre, elle est “précieuse” car elle “oblige” patients, proches et soignants à trouver un accord et à “écouter le malade“. Enfin, son vote à l’unanimité à l’Assemblée national n’est “pas un hasard“.

 

Revenant sur la récente proposition de loi du député UMP Jean Léonetti sur la sédation terminale qui sera prochainement discutée à l’Assemblée (Cf Synthèse de presse Gènéthique du 02/04/2013), le médecin rappelle que “la loi permet déjà au médecin de délivrer au malade en phase terminale un médicament pour soulager sa douleur (un sédatif). Même si cela peut avoir, comme effet ‘collatéral’, d’abréger la vie“. Pour Vincent Leclercq, “l’essentiel est que l’intention ne soit pas de donner la mort“. 

Actuellement, selon les sondages, les Français sont favorables à une dépénalisation de l’euthanasie. Cependant, il explique cela parce qu’ils ne la connaissent pas suffisamment: “le fond du problème est qu[‘ils] ont peur d’être pris dans un univers technique et médical qui les empêche de maîtriser leur mort“. 

 

Il poursuit en précisant que si le suicide assisté était légalement autorisé, “cela pourrait signifier que certaines formes de fin de vie échappent à la dignité, au respect. […] Les plus vulnérables en viendraient immanquablement à s’interroger sur la valeur de leur propre vie. Au moment où la collectivité aurait la capacité de poser un geste de mort, au seul motif de supprimer la souffrance, le doute surgirait en eux. Et aussi dans le regard de l’autre“.

 

Enfin, interrogé sur les soins palliatifs, il précise qu’ “ils honorent le lien entre le malade et la société qui a pris soin de lui“. En outre, “ils ont inspiré au système médical une culture plus collégiale, qui place le patient au centre du soin“, traduisent le fait que “même proche de la mort, l’homme n’a pas tout perdu“, et “donnent l’espoir que la vie peut toujours rebondir, même brièvement, dans un surcroît de vie“. 
 

Pèlerin (Marie-Christine Vidal) 18/04/2013

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