L’Académie des Sciences et la recherche sur les cellules souches

Publié le : 2 mars 2001

Demandé par le Ministre de la recherche à l’Académie des Sciences le rapport sur les cellules souches vient de paraître(1).

Les avancées de la recherche sur les cellules souches adultes pourraient remanier profondément les orientations des chercheurs. De fait, les publications se multiplient dans le monde sur ce sujet. Cela va-t-il obliger les scientifiques à considérer qu’il y a là un motif à revoir leurs perspectives au point de rendre inutiles ou moins urgentes les études sur l’embryon humain ? Le rapport de l’Académie tente de faire le point sur cette question.

 

Cellules souches adultes

Présentes à l’état naturel dans de nombreux tissus, elles sont destinées à les régénérer en assurant le remplacement des cellules mortes ou altérées. Leur capacité de s’orienter vers des lignées diverses fait l’objet de recherches foisonnantes depuis deux ans. On a distingué les cellules souches selon qu’elles sont multipotentes, unipotentes, ou intermédiaires. Aucune n’aurait la totipotence des cellules souches embryonnaires. La source la plus intéressante serait la moelle osseuse, dont les cellules souches sont capables de s’orienter vers des destinées aussi variées que le sang, les vaisseaux, l’os et le cartilage, le muscle, le foie et même les cellules nerveuses. Les propriétés des cellules souches adultes ont déjà été utilisées en hématologie (moelle osseuse) et dans le traitement des brûlures (cultures de peau).

 

Les tissus fœtaux

Ces tissus que l’on croit riches en cellules souches, ont été exploités dans la maladie de Parkinson, et en pathologie hépatique. Ils proviennent de fœtus avortés. Pour un traitement de Parkinson, il faut six fœtus. (cf supra l’article : « greffes et vérité médicale »)

 

Cellules souches embryonnaires

Le rapport tente de montrer que ni les cellules adultes ni les cellules fœtales n’ont les qualités des cellules souches embryonnaires qui « placées dans des conditions de culture précises, ont la capacité de se différencier en cellules spécialisées correspondant à tous les tissus de l’organisme. (cœur, sang, neurones,… »).

 

Comparaison

Certes, d’après le rapport, les cellules souches adultes ouvrent un vaste champ de recherche, mais les obstacles à franchir pour leur usage thérapeutique abondent : « Plusieurs obstacles compliquent l’étude des cellules souches tissulaires adultes en l’état actuel de nos connaissances : leur rareté, l’absence de marqueurs connus permettant de les purifier, notre ignorance des conditions de leur multiplication et de leur capacité à intégrer et à exprimer des gènes dans une perspective de thérapie génique. C’est dans ce contexte de recherche fondamentale que l’utilisation de cellules embryonnaires revêt toute son importance. »

Le rapport constitue donc un plaidoyer pour la poursuite des recherches sur les cellules souches embryonnaires, dont les qualités « leur confèrent un avantage unique pour analyser les signaux qui dictent à une cellule souche sa spécification et pour caractériser les gènes qui sont activés en réponse à ces signaux. » Suit la mention de l’urgence à obtenir enfin l’autorisation d’engager de telles études.

 

Conclusion : 3 recommandations

Le rapport conclut sur les recommandations suivantes :

– l’intensification de la recherche sur les cellules souches adultes qui, « fondamentale, urgente et essentielle, doit être financée en priorité. » Et de proposer deux axes de recherches privilégiés, l’analyse des cellules souches tissulaires humaines et l’utilisation des cellules souches adultes et embryonnaires des gros animaux.

– le recours au modèle des cellules souches embryonnaires humaines multipotentes » qu’il considère « hautement souhaitable ».

– enfin, « le développement de méthodes de clonage thérapeutique (transfert nucléaire) qui doit faire partie des objectifs expérimentaux des prochaines années. En effet, si se pose un jour le problème thérapeutique des cellules ES, celui de la compatibilité immunologique entre le receveur malade et les cellules ES se posera et devra être résolu. »

Ainsi, l’Académie, si elle donne la priorité à la recherche sur les cellules souches adultes, recommande néanmoins l’utilisation de l’embryon et le clonage humain. Comment ne pas s’interroger ?

 

(1) Rapport sur « les cellules souches adultes et leurs potentialités d’utilisation en recherche et en thérapeutique- comparaison avec les cellules souches embryonnaires », Mars 2001, Paris.

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