Des stratégies de distraction pour diminuer la perception de la douleur ?

Publié le : 23 septembre 2020

Une étude a mis en lumière les mécanismes provoquant l’intensité de la douleur chez un sujet. Selon les chercheurs, avant que le cerveau puisse envoyer un message de douleur, il doit d’abord évaluer « divers facteurs sensoriels, cognitifs et émotionnels qui déterminent notre perception de la sensation ». Cette évaluation des facteurs nécessite des échanges neuronaux entre plusieurs zones du cerveau. Plus elle est longue, plus la sensation de douleur est retardée.

Le neuroscientifique Enrico Schulz et son équipe de l’université Ludwig-Maximilians à Munich ont exposé 20 volontaires à un stimulus froid et douloureux. Ils « ont été invités à adopter l’une de ces trois approches pour se distraire de la douleur et potentiellement la réduire » :

  • Compter à rebours, de 7 en 7, en partant de 1 000,
  • Penser à quelque chose d’agréable ou de beau,
  • Essayer de se « persuader que la douleur n’est pas si grave », par autosuggestion.

Les participants ont évalué l’intensité subjective de leur douleur sur une échelle de 0 à 100. Pendant l’expérimentation, des scanners IRM ont évalué l’activité neurale du cerveau de chaque patient, afin de l’analyser en détail.

La stratégie du compte à rebours s’est avérée la plus efficace. « Cette tâche exige évidemment un niveau de concentration si élevé qu’elle détourne considérablement l’attention du sujet de la sensation de douleur. En fait, certains de nos sujets sont parvenus à réduire de 50 % l’intensité perçue de la douleur », explique M. Schulz.

Les chercheurs ont ensuite essayé d’identifier quelles sont les zones du cerveau qui travaillent à réduire la douleur. En analysant les images IRM, ils ont remarqué que chaque technique de distraction utilisait un « schéma différent d’activité neuronale », et que les « différentes régions du cerveau agissent de concert à des degrés divers ». L’atténuation de la douleur, « processus très complexe », nécessite donc une « réponse coopérative impliquant de nombreuses zones du cerveau ». Ainsi la deuxième méthode – penser à quelque chose d’agréable ou de beau – ne fonctionne que lorsqu’elle provoque des flux neuronaux intenses entre les lobes frontaux. Plus le cerveau doit « chercher dans des ‘tiroirs’ nombreux », plus il tarde à envoyer le message de douleur. « C’est la raison pour laquelle les techniques de distraction aident à soulager la douleur », explique M. Schulz. La méthode du compte à rebours, elle, implique « une coordination étroite entre les différentes parties du cortex insulaire ». C’est la méthode la plus efficace car elle est « plus contraignante » et « exige le niveau de concentration le plus élevé », expliquent les chercheurs.

L’équipe prévoit désormais de tester si ces résultats peuvent être appliqués efficacement aux patients souffrant de douleurs chroniques.

 

Sources : Medical Press, Ludwig Maximilian University of Munich (21/09/2020) & Daily Mail, Ryan Morrison (21/09/2020)

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