La loi Claeys-Leonetti, un recul éthique des questions de fin de vie ?

Publié le : 17 juillet 2015

Jean Philippe Metzger, professeur émérite Université Paris VI, ancien chef du département de cardiologie à l’hôpital de la Pitié Salpêtrière (Paris) et co-fondateur de « questions de médecine au Collège des Bernardins » revient sur les derniers mois débat au sujet de la fin devie.

 

Légiférer sur la fin de vie souligne la tension entre « le respect de la vie et l’exercice de la liberté individuelle », entre « la volonté de faire de la mort l’expression d’un droit de l’homme » et la contestation « d’un pouvoir médical inconscient de l’oppression qu’il exerce du fait même de son efficacité ».

 

Selon Jean Philippe Metzger, la loi Leonetti de 2005, a « comblé un vide juridique », mais elle a été suivie d’une forte « disparité d’application » (cf. Gènéthique du 22 avril 2015). De surcroît, « la culture du corps médical français, davantage orienté vers le curatif que vers le palliatif et vers la compétence technique plus que vers le soin global » n’a pas contribué au développement des soins palliatifs. Ce constat, ajouté à la « pression des partisans d’une légalisation de l’euthanasie » a conduit à la « mise en chantier d’une nouvelle loi ».

 

Cette nouvelle loi a « l’ambition de maitriser davantage les conditions de fin de vie », et « pose de redoutables questions d’ordre éthique : revendiquer le droit de ‘mourir dans la dignité’ apparait comme un ‘slogan manipulateur’ si l’on n’en précise pas le contenu au plan médical et au plan éthique ». En effet, « la dignité humaine (…) est malmenée chez le sujet souffrant. Elle n’a plus alors de visibilité que dans l’image en miroir générée par le comportement du personnel soignant, lui-même dépendant du regard de la société ».

 

Parmi les points critiques de la loi proposition de loi Claeys Leonetti, la sédation profonde et continue jusqu’au décès sera source de « dérives prévisibles, si l’on cède à la tentation d’un recours prématuré à cette sédation » (cf. Gènéthique du 25 février 2015). Au sujet des directives anticipées, Jean Philippe Metzger met en garde contre « des grandes difficultés de réalisation pratique : comment anticiper le type d’agonie qui s’imposera à moi ? Les directives ne risquent-elles pas d’être sans rapport avec la réalité vécue ? Sont-elles compatibles avec d’éventuelles modifications de conceptions de la vie induites par l’expérience d’une maladie grave ? La mort est-elle l’objet d’un choix ou d’un consentement ? ».

 

Cette nouvelle loi a été adoptée à l’Assemblée Nationale en mars dernier, « sans unanimité » (cf. Gènéthique du 14 mars 2015). La Commission des Affaires Sociales du Sénat avait pris conscience du danger de certaines dispositions de la loi (cf. Gènéthique du 18 juin 2015), mais « le vote paradoxal du Sénat a, à une large majorité, rejeté ces propositions, conférant à l’Assemblée Nationale une légitimité conceptuelle nouvelle » (cf. Gènéthique du 23 juin et 25 juin 2015).

 

Jean Philippe Metzger conclut : « Ce qui se voudrait une avancée humaniste ne risque-t-il pas de constituer un recul éthique ? »

<p>Les Echos (17/07/2015)</p>

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