La greffe : des enjeux médicaux et aussi « sociétaux »

Publié le 6 Juin, 2023

L’Académie nationale de médecine a publié un rapport [1] relatif aux « enjeux médicaux et sociétaux de la transplantation hépatique en France ».

Une vie prolongée, mais avec une moindre « qualité »

Face à certaines pathologies, la transplantation hépatique est « un traitement très efficace ». En effet, « l’espérance de vie à 10 ans est d’environ 70% » après la greffe, souligne l’Académie.

Pourtant, « ceux qui hier se satisfaisaient d’avoir eu la chance d’être greffés interrogent désormais à propos des multiples pathologies qu’ils développent sous l’effet du terrain qui les a amenés à la transplantation ou des traitements immunosuppresseurs nécessaires pour assurer la tolérance du greffon ». La quantité de vie ne suffit plus, la qualité est exigée (cf. « Pour nos ainés, l’espérance de vie importe moins que la qualité de vie »).

En effet, la transplantation ne met pas un terme aux problèmes médicaux. Après l’opération, le patient développe une « véritable “maladie post-greffe” ». Le transplanté est plus à risque de surcharge pondérale, d’ostéoporose, d’hypertension artérielle, d’insuffisance rénale, de diabète, de cancers. Un état dont « on mesure encore mal la fréquence et les conséquences » (cf. Greffe d’organe : le quotidien à risque des immunodéprimés).

Il en résulte que si 9 greffés sur 10 indiquent que leur état physique s’est amélioré, seuls 7 estiment retrouver « un niveau social satisfaisant » et seulement 6 « un niveau psychique acceptable ».

Ainsi, les deux tiers environ des patients ayant subi une transplantation sont victimes de symptômes dépressifs. Un tiers souffre d’une dépression sévère. Les raisons sont multiples : « sentiment de culpabilité vis-à-vis du donneur, troubles du schéma corporel, incompréhension de l’entourage familial qui ne ressent pas à un juste niveau la souffrance et les sacrifices, ou difficultés à trouver un travail du fait de l’état de faiblesse associé ».

La quête de greffons

En France, « au nom de la solidarité nationale », c’est le principe du consentement présumé qui est en vigueur. Mais malgré tout, le taux d’opposition est important : 34%.

Les donneurs en état de mort encéphalique sont en baisse [2]. En cause, la crise du Covid-19 mais aussi « l’amélioration de la prise en charge des accidents vasculaires cérébraux ». Un deuxième facteur dont il serait légitime de se réjouir.

A l’inverse, les donneurs décédés après un arrêt cardiaque sont en hausse. Parmi eux, ceux émanant du protocole Maastricht III [3]. En 2021, ils représentaient 11% des prélèvements, en augmentation de 44% en 2021 (cf. Dons d’organes en France : l’opposition augmente, les prélèvements Maastricht III aussi). Aux Pays-Bas ce taux « avoisine les 50% ». « L’autorisation de nouveaux centres avec une formation professionnalisée à ce type de prélèvement devrait encore permettre d’optimiser cette ressource », espère l’Académie de médecine (cf. « Ton corps aussi est recyclable ! »).

« Sensibiliser l’opinion publique » jusque dans les collèges

Afin de réduire le taux de refus, « il est important de continuer à sensibiliser l’opinion publique sur l’intérêt des directives anticipées » et « en incitant à faire état de son choix pour le don de ses organes » lors de leur rédaction des directives anticipées, jugent les académiciens.

Une sensibilisation qui doit commencer tôt, recommandent-ils. En effet, ils proposent que le don d’organe soit inscrit au programme d’enseignement des collégiens et des lycéens. Les enjeux éthiques seront-ils abordés ? (cf. Sylviane Agacinski : don d’organes, « laisser le corps en dehors du marché »)

L’Agence de la biomédecine de son côté a pris les devants. Avec une « campagne social media et influence, diffusée sur TikTok et Instagram », elle « souhaite sensibiliser les jeunes »[4]. Une mini-série animée de 8 épisodes qui s’adresse aux 18-24 ans « raconte la vie secrète des organes et la raison d’être du don d’organes : sauver des vies et permettre à la vie de continuer, même en cas de malheur ». Influenceurs et youtubeurs ont été mis à contribution [5]. S’agit-il encore d’informer ? (cf. « Les jeunes », faux héros et vraies proies de notre époque)

 

[1] Un rapport exprime une prise de position officielle de l ’Académie nationale de médecine. L’Académie dans sa séance du mardi 9 mai 2023, a adopté le texte de ce rapport par 72 voix pour, 0 voix contre et 1 abstention.

[2] « En 2021, 2811 donneurs en état de mort encéphaliques (Donation after Brain Death, DBD) ont été recensés et 1392 ont été prélevés d’au moins un organe et 1057 d’un foie. »

[3] « Il s’agit des personnes pour lesquelles une décision de limitation ou d’arrêt programmé des thérapeutiques est prise en raison du pronostic des pathologies ayant amené la prise en charge en réanimation. »

[4] Source TopCom (05/06/2023)

[5] « Pour cette campagne, interviennent l’influenceuse notamment française Natoo, le Youtubeur Guizzi et Dorothée Pousseo, qui est la voix française de l’actrice Margot Robbie. Et enfin deux influenceurs spécialisés dans le doublage : Padg et Prinque. »

Photo : iStock

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