La génétique en questions

Publié le : 3 juillet 2014

Le 18 juin dernier a été inauguré l’Institut IMAGINE, spécialisé en génétique et créé dès 2007. Parmi ses initiateurs figure Arnold Munnich, directeur du département de génétique de l’hôpital universitaire Necker-Enfants malades et membre de la direction scientifique de l’institut IMAGINE. Simultanément paraissent une interview d’Arnold Munnich dans Le Figaro ainsi que le numéro de juillet de la revue Esprit, comprenant un dossier « médecine : prédictions à risque ».

 

Interrogé sur le thème « euthanasie, bioéthique, ADN, GPA », Arnold Munnich répond aux questions du Figaro. Sur le sujet de la médecine prédictive, il dit redouter l’ « inhumanité potentielle » de la génétique et tient à ce que distinction soit faite entre diagnostic et pronostic, de sortes que les « paroles meurtrières » soient épargnées au moment du diagnostic. Sur le séquençage « pour tous » il évoque les« risques sérieux de dérives », d’autant plus grand dans la situation prénatale où « c’est la porte ouverte à l’eugénisme ». Et de conclure sur ce point « la médecine, la génétique, ce n’est pas le tiercé ». La bioéthique semble connaître un « bouleversement des valeurs ». Arnold Munnich illustre cette idée avec l’exemple récent de l’autorisation de la recherche sur l’embryon (juillet 2013). Et de poursuivre sur le terrain de la fin de vie : « Nos gouvernants s’apprêtent à les [un grand nombre de Français] blesser à nouveau avec la question de la fin de vie ».

 

D’une manière générale, sur les questions de bioéthique, Arnold Munnich soutient la loi universelle et le respect de la vie comme principe essentielle de celle-ci : « Nous [à l’Institut IMAGINE] avons pris le parti de la vie » ; « La loi se doit de garantir le respect de la vie humaine depuis son commencement » « On ne change pas la loi universelle pour régler des problèmes particuliers, aussi douloureux soient-ils ».
 

En position de critique, Jean-Yves Nau, médecin et journaliste, regrette que les questions dures n’aient pas été abordées, « à commencer par celles du diagnostic pré-implantatoire (DPI) et le tri des embryons sur des critères génétiques de certitudes ou de simples prédispositions ». Il relève également les contradictions (sur la GPA) du généticien, ses réponses vagues ou à côté (sur les affaires Lambert et Bonnemaison, ainsi que sur la loi Leonetti).
 
Notes de Gènéthique.

 

Si Arnold Munnich évoque très justement les dangers du séquençage en situation prénatale, en particulier celui de l’eugénisme, il convient de noter que le DPN et le DPI en sont les premiers responsables. Ainsi la« porte ouverte » à l’eugénisme l’est déjà depuis la première loi de bioéthique de 1994 qui définit l’enfant comme un « projet », c’est-à-dire comme un concept qu’on peut modeler à sa guise et non comme la réalité d’un être vivant qui doit être accueilli. Les lois de bioéthique suivantes de 2004 et 2011 ont renforcé la place de la technoscience et diminué celle de l’éthique en multipliant les dérogations aux interdits. La loi de 2013 relative à la recherche sur l’embryon a pris acte de cette évolution absurde en changeant radicalement de point de vue : la dérogation à un principe est devenue une autorisation encadrée. 

La question centrale est de savoir si l’on peut afficher à la fois l’importance de la norme universelle et l’acceptation de certaines transgressions dans la loi elle-même, sans « normaliser » à terme la transgression. 

N’est-ce pas ce qui s’est toujours passé (avortement, DPN et IMG, PMA et DPI, recherche sur l’embryon) et qui risque de se passer pour la GPA comme pour l’euthanasie ?

<p><span> Le Figaro (</span><span>Vincent Trémolet de Villers</span><span>) 02/07/2014 – Le blog de Jean-Yves Nau 03/07/2014 - Gènéthique</span></p>

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