La contraception en questions dans l’Église catholique (1)

Publié le : 1 juillet 2006

Appel à un nouveau ralliement

 

L’urgence d’un changement, c’est le sous-titre d’un livre  écrit par des catholiques qui se déclarent fervents et fidèles à l’Église. Leur impatience se résume en deux phrases : « Les mœurs ont évolué, l’enseignement de l’Église, non »  et « l’Église n’est plus écoutée ». Si l’Église n’infléchit pas ses directives, elle va donc se saborder… C’est une nouvelle réaction à l’encyclique Humanae vitae, déjà ancienne (38 ans), qui fut mal reçue par de nombreux fidèles. La controverse est ici relancée par un appel vibrant en faveur du ralliement de l’Église catholique à  la contraception.

 

Une approche biaisée

 

Parce que cette contestation revêt une portée qui dépasse le monde catholique, il a semblé utile d’informer nos lecteurs de cette tentative. La contraception est en effet un des sujets les plus prégnants à l’heure actuelle. Comment ne pas souligner l’effort gigantesque de nos sociétés pour diffuser et faire appliquer les techniques contraceptives, non seulement pour offrir aux familles un moyen efficace de limiter les naissances mais aussi pour enrayer le fléau de l’avortement ?

L’avortement ? Les auteurs déclarent qu’ils ne feront qu’effleurer le problème. Effleurer est bien le mot, car il n’en est question que pour s’en remettre à la conscience des parents et pour nier pratiquement l’effet abortif du stérilet, voire de la pilule du lendemain et même du « RU21 » (2) (sic) – un lapsus sans doute au lieu de « RU486 » – dont le rôle serait, disent-ils « d’empêcher une éventuelle nidification d’un ovule dont la fécondation reste en toute occurrence hypothétique mais possible. » Quand au stérilet, selon eux, il « empêche la survie de cellules fécondables et leur nidification. » Peut-on encore ignorer qu’une cellule fécondable, un gamète, est incapable de nidifier ? Chacun sait que la nidification ne peut concerner qu’un ovule fécondé, un embryon. Une approximation aussi grossière, à peine excusable pour le profane, ne l’est pas de la part d’auteurs qui s’assurent du contrôle d’un médecin, spécialiste de la mère et de l’enfant. Parce qu’elle permet de dissimuler une réalité, l’effet abortif du stérilet et du RU486, elle entame la confiance du lecteur sur l’ensemble du discours.

 

Pour en finir avec Humanae vitae ?

 

Venons-en au cœur du sujet. La lecture de l’histoire de la contraception montre combien le sujet n’est pas neuf. Depuis Saint Paul, les théologiens ont réfléchi sur la vie conjugale et son rapport à la fécondité. Au milieu du XIXème siècle déjà, les réserves formulées par l’Église sur la contraception rencontraient la réticence de catholiques, et généraient un malaise dans le clergé. Le phénomène n’est donc pas nouveau… Ce qui l’est vient de la découverte des contraceptifs modernes, la pilule de Pincus et… le stérilet, officiellement considéré comme contraceptif, bien que clairement abortif.

Au chapitre 5 est contée l’élaboration de l’encyclique Humanae vitae ; comment, pendant cinq ans, des commissions successives ont été invitées par le pape à donner leur avis sur la question : faut-il assouplir la doctrine ? Toutes, dans des formes diverses, ont proposé des adoucissements. Après beaucoup d’hésitations, la décision du pape a été aussi claire que surprenante, il a maintenu la position de ses prédécesseurs et a promulgué l’encyclique. Celle-ci, après une longue introduction sur la signification de l’amour conjugal et de son expression corporelle, confirme le « lien indissoluble (…) entre les deux significations de l’acte conjugal : union et procréation (…). Tout acte matrimonial doit rester ouvert à la transmission de la vie. », est-il répété, citant Pie XI. En revanche, la légitimité de « tenir compte des rythmes naturels (…) pour user du mariage dans les seules périodes infécondes et réguler ainsi la natalité » est reconnue.

 

Réquisitoire

 

La suite du livre est un plaidoyer pour un assouplissement de ces directives. Les auteurs souhaitent relancer le débat. Un débat serein ? On le souhaiterait, mais le ton du livre serait plutôt celui d’un réquisitoire.

Les auteurs montrent les hésitations de certains théologiens. Hésitations sur la date de la création de l’âme humaine, sur la nature de l’embryon. Aucun ne conteste pour autant la gravité de l’avortement. Hésitations sur la portée doctrinale de l’encyclique, hésitation sur la portée morale d’un acte isolé quand toute la vie témoigne d’une rectitude morale (théorie de la globalisation).

Les auteurs ne font pas de différence fondamentale entre l’usage des contraceptifs et l’abstinence réglée sur le cycle ovarien. Ils contestent que l’introduction d’un agent stérilisant soit d’une autre nature que l’adaptation aux conditions physiologiques du cycle féminin. Ils ne considèrent pas que l’infécondité créée par la pilule change en profondeur la qualité des rapports. En fait, ils ne distinguent pas, pour l’abstinence périodique, l’intention et le choix de la méthode. L’Église n’a jamais approuvé une activité sexuelle fermée à la fécondité, sans motif sérieux, quelque soit le moyen utilisé.

Pour les méthodes dites naturelles, insistant sur l’aspect technique des moyens employés (usage du thermomètre, graphiques), la critique des auteurs frise la caricature, par une sorte d’acharnement à montrer qu’elles ne sont pas si naturelles.

On observe la même tendance à caricaturer les directives de l’encyclique, désignées comme « une réglementation ». Les termes « d’abus de pouvoir », de « scandale, d’incompréhension voire de ridicule » reflètent une certaine âpreté.

 

Méconnaissance de l’amour humain

 

Le livre n’a pas la prétention de traiter de l’amour humain ; pourtant, il est malaisé de parler d’activité sexuelle d’un couple humain sans évoquer l’importance du don dans l’échange amoureux. Don total, sans restriction, de tout soi-même, ce qui devrait exclure de se livrer à l’autre privé d’un de ses attributs essentiels, le pouvoir d’engendrer. L’enseignement de J-P II sur la sexualité est passé sous silence. Celui-ci constitue pourtant une réflexion novatrice qui domine les études profanes accomplies depuis 30 ans.

 

Lien entre  fécondité et sexualité

 

On s’étonne enfin que les auteurs fassent peu de cas d’un approfondissement théologique récent : le lien entre fécondité et sexualité, exposé dans l’instruction Donum Vitae, qui reprend ce principe, exposé dans Humanae Vitae et maintes fois rappelé par Jean-Paul II. C’est ce principe auquel s’opposent les adversaires de l’Église ; il n’est pas de publication où ils ne se félicitent d’avoir rompu, grâce à la contraception, le lien entre fécondité et sexualité, dissociation présentée comme un progrès et une libération. Faut-il, pour leur donner raison, que l’Église se rallie à une mentalité environnante dont elle dénonce précisément les faiblesses ?

 

1 – L’Église et la contraception : l’urgence d’un changement, C. Grémion et H. Touzard, Ed. Bayard.

2 – « Le RU21 est un remède contre la « gueule de bois » consécutive à des libations », p. 153.

Ce produit n’a rien à voir ici.

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