Jacques Testart : la congélation ovocytaire, « le libéralisme à outrance appliqué à la procréation »

Publié le : 21 octobre 2014

A l’heure où Facebook, et prochainement Apple, proposent aux femmes désireuses de pouvoir faire carrière chez eux de financer la congélation de leurs ovocytes, une pratique qui n’est pas sans faire polémique, (Cf Synthèses de presse Gènéthique du 15 octobre 2014, 17/10/2014, 20/10/2014), Jacques Testart, scientifique à l’origine du premier bébé éprouvette, expert de Gènéthique, dénonce, dans une interview accordée aux quotidien Le Figaro, « un libéralisme à outrance appliqué à la procréation« . S’il est aujourd’hui proposé aux femmes de pouvoir retarder leur projet de grossesse « c’est avant tout parce qu’il est très mal vu de vouloir faire des bébés quand on veut faire carrière« . 

 

Auteur de l’ouvrage « faire des enfants demain » pour lequel il a accordé une interview à Gènéthique (disponible ici) Jacques Testart explique que si la congélation ovocytaire n’est « pas forcément » une première étape vers la fabrication d’enfants « sur mesure« , l’idée selon laquelle « on peut procréer plus tard, quand on veut, peut entraîner l’idée que l’on peut choisir son enfant. C’est le libéralisme à outrance appliqué à la procréation« . 

 

Pour le père du bébé éprouvette, la congélation ovocytaire fait partie « d’un mouvement général qui se développe dans le monde« . Sa crainte ? « La congéltion du tissu ovarien qui contient des milliers d’ovocytes potentiels » et l’important tri embryonnaire auquel cela pourrait mener. Car la recherche se développe aujourd’hui sur la façon de faire « mûrir » les ovocytes. Dans moins d’une dizaine d’années, par le prélèvement d’un petit morceau de la paroi de l’ovaire d’une femme, celle-ci « pourrait avoir une centaine d’ovules disponible« . Et « plus on a d’ovules, plus on a d’embryons, plus les possibilités de dérives vers le choix d’enfant ‘sur catalogue’ sont nombreuses« , ajoute Jacques Testart.  

 

Si certains affirment que la congélation ovocytaire est un moyen d’accorder davantage de liberté aux femmes, Jacques Testart explique que « ce ne sont pas des solutions biologiques ou médicales qui vont changer les choses. Ce sont des artifices dont les femmes sont les victimes. C’est toujours sous couvert de compassion que ces idées avancent dans nos sociétés démocratiques. Il n’est pas innocent que des entreprises comme Apple ou Facebook, porteuses d’une idéologie, initient ce mouvement. N’oublions pas que Google finance les ­recherches sur le transhumanisme [Cf Synthèses de presse Gènéthique du 13/06/2014, 14/10/2014, 31/07/2014]. En France, cela nous paraît un peu fou mais aux États-Unis, cela représente des investissements énormes. Facebook est une multinationale qui s’adresse aux amis et aux amis d’amis… Les idées se répandent très vite et se nivellent. »

<p>Le Figaro (Agnès Leclair) 21/10/2014 - Gènéthique</p>

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