Jacques Testart dénonce l’eugénisme permis par la sélection des embryons

Publié le : 4 mars 2014

 Interviewé dans le Point et le JDD avant la sortie cette semaine de son nouvel ouvrage Faire des enfants demain, le biologiste Jacques Testart « de gauche et athée » livre ses inquiétudes sur l’évolution vers un « eugénisme doux, invisible et démocratique » admis par la sélection d’embryons prévu dans le diagnostic préimplantatoire (DPI) . Il est préoccupé face à « la fabrication d’enfants sur mesure », au risque de « clonage social » issu d’une normalisation des génomes, et regrette que le désir d’enfant conduise à des revendications qui font entrer la médecine sur un terrain qui ne devrait pas être le sien.

 

Pour Jacques Testart, les questions bioéthiques doivent faire face à des paramètres qui ne devraient pas relever de la médecine. Le premier est le désir d’enfant, qui pousse les couples impatients à recourir à la PMA alors qu’ils n’en n’ont pas besoin. Le deuxième réside dans les revendications égalitaires qui justifient, par exemple, la congélation d’ovules « puisque les hommes peuvent procréer sans limite d’âge, alors pourquoi pas les femmes ? ». Idem pour les revendications des homosexuels, réclamant l’égalité de procréation avec les hétérosexuels, les célibataires avec les couples, les femmes âgées avec les jeunes, etc.

 

« Je ne vois pas ce que la médecine, censée traiter les pathologies, a à faire là dedans ». La conception est une affaire privée et doit le rester précise Jacques Testart : sur la PMA pour les couples de femmes, qu’elles « se débrouillent » puisque l’insémination artificielle n’est « pas un acte médical compliqué ». En revanche, il est contre la GPA, « c’est de l’esclavage ». Sur l’anonymat des banques de sperme, il évoque le vocabulaire employé similaire à la « sélection pratiquée sur les bovins » ainsi que des pratiques opaques où la tentation de l’obsession de la « qualité de l’enfant » est bien réelle et « rappelle l’eugénisme« .

 

Formellement opposé au DPI. Dès 1986, dans son ouvrage L’œuf transparent, Jacques Testart s’était opposé au diagnostic pré-implantatoire (DPI), autorisé par la loi de bioéthique de 1994. Ce qu’il réaffirme aujourd’hui: « le tri d’embryon est si facile […] Songez qu’en Angleterre le strabisme est reconnu comme raison valable de procéder à un DPI ». Pour lutter contre les tentations eugénistes, il suggère depuis longtemps de conserver la limitation actuelle de l’usage du DPI à « une seule et unique maladie grave » par couple.

<p> Le Point (Violaine de Montclos) 27/02/2014 - le JDD (Anne-Laure Barret) 01/03/2014 </p>

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