Israël offre ses données médicales à Pfizer pour obtenir plus de vaccins ?

Publié le : 11 janvier 2021

Le Premier Ministre israélien a annoncé jeudi que le laboratoire Pfizer acceptait de fournir des millions de doses de vaccins supplémentaires en échange des données médicales israéliennes sur l’efficacité du vaccin. Benjamin Netanyahu souhaite faire de son pays un « pays modèle ». Il veut être le premier à sortir son pays de la crise du coronavirus, par une campagne vaccinale maximale. Selon le ministère de la Santé, plus de 70% des personnes de plus 60 ans sont déjà vaccinées. Le nombre total d’Israéliens inoculés s’élève à environ 1,7 million. Israël a, de loin, le taux de vaccination par habitant le plus élevé du monde. Depuis samedi, des deuxièmes doses ont commencé à être administrées. Le premier ministre estime « que le pays sera largement vacciné d’ici la fin mars ».

Des données médicales en échange de vaccins supplémentaires

Pour fournir cet « afflux massif de doses de vaccin », Benjamin Netanyahu a conclu un accord avec le géant américain Pfizer. Cet accord inquiète considérablement les défenseurs de la protection à la vie privée. Les experts demandent plus de « transparence » dans ce « commerce des données médicales ». En effet, selon l’annonce du ministre hier, Israël offrira en échange « des données statistiques sur l’efficacité du vaccin ». Après des premières réponses « vagues », Sharon Alroy-Preis, responsable de la santé publique au ministère de la Santé, a déclaré que Pfizer ne recevrait que les informations accessibles au public, « combien de cas, combien de cas graves, combien de décès, combien de personnes vaccinées ».

Un risque « énorme »

Mais Tehilla Shwartz Altshuler, chercheuse à l’Institut israélien pour la démocratie, sonne l’alerte : « Le premier ministre doit publier immédiatement ce qui a été écrit dans l’accord avec Pfizer ». Elle explique que « si les données fournies à Pfizer ne sont en fait que des données […] que le ministère met déjà à la disposition du public, on ne sait pas très bien quelle serait la valeur énorme de ces données pour Pfizer. Ils peuvent accéder à ces données par eux-mêmes ; ils n’ont pas besoin d’un accord pour y parvenir ». Elle craint au contraire qu’un « autre type de données » ait été promis au géant pharmaceutique, notamment « des données personnelles rendues anonymes – c’est-à-dire les dossiers médicaux des citoyens dont les noms, adresses et numéros d’identification sont supprimés ». Cela pourrait inclure « votre groupe sanguin, vos antécédents médicaux, si vous avez été hospitalisé, si vous avez subi un avortement, si vous avez une maladie mentale – tous vos dossiers médicaux ». Le problème, explique-t-elle, c’est que la recherche actuelle a montré que les données, même « rendues anonymes » peuvent être « désanonymisées », qualifiant cela de « risque énorme ».

Les données israéliennes sont spécialement intéressantes pour le groupe pharmaceutique américain, car Israël possède les dossiers médicaux numériques de près de 9 millions de personnes, collectés depuis vingt ans, ce qui représente « la deuxième plus grande base de données numériques au monde », d’autant plus qu’Israël « a un système de santé petit et efficace et une solide infrastructure de recherche et développement » (cf. Course aux données de santé : la nouvelle ruée vers l’or ?).

Quid du consentement ?

« Si j’avais pesé les deux côtés de l’équation : soit de faire les vaccinations rapidement, soit de donner les données médicales – je ne sais pas ce que j’aurais fait », déplore Shwartz Altshuler. Elle estime que le premier ministre a disposé des données de santé personnelles de ses citoyens comme si elles lui appartenaient personnellement, une démarche qu’elle considère comme n’étant « ni éthique, ni légale, ni morale ». Aucun consentement personnel n’a été demandé.

« Les données médicales sont privées et pourraient toucher aux racines de notre identité, ajoute quant à lui Michael Birnhack, doyen de la faculté de droit de Tel-Aviv, militant pour la protection de la vie privée. Utiliser ces données sans notre permission nous ignore, ne nous prend pas en compte, nous traite comme des objets et non comme des personnes ».

 Source : Times of Israël, Shoshanna Solomon (10/01/2021) – Photo : Pixabay\DR

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