Infertilité et SOPK : le rôle de l’épigénétique mis à jour

Publié le : 8 février 2021

Une équipe de chercheurs issus de l’Inserm, de l’université de Lille / CHU de Lille et de l’université de Strasbourg vient de publier une étude qui identifie le « rôle prépondérant de l’épigénétique » dans les mécanismes de transmission du syndrome des ovaires polykystiques (SOPK) de mère en fille[1]. Le SOPK est « le plus fréquent » des troubles de la fertilité. Cette recherche publiée dans la revue Cell Metabolism[2] « ouvre la voie à de nouvelles perspectives diagnostiques et thérapeutiques ».

Le SOPK est un syndrome « caractérisé par une production excessive d’hormones masculines (androgènes), des troubles de l’ovulation responsables d’infertilité, et des ovaires d’aspect anormal ». Il se distingue par « une forte composante héréditaire ». Ainsi, « entre 60 à 70% des filles nées de mères atteintes d’un SOPK développent des symptômes ».

« Une vingtaine de gènes de prédisposition » ont été identifiés à ce jour, « mais ils expliquent moins de 10 % des cas ». Un constat qui a conduit les chercheurs à s’intéresser aux facteurs épigénétiques : « des modifications biochimiques apposées sur l’ADN ou les protéines qui le structurent »[3], qui influencent l’activité des gènes, sans pour autant modifier la séquence d’ADN. Ces facteurs épigénétiques peuvent être liés à « l’âge, l’environnement, le style de vie ou encore une maladie ». Ils sont « réversibles », mais transmissibles d’une génération à l’autre, « selon des mécanismes encore mal compris ».

Une transmission observée sur trois générations chez la souris

Les chercheurs ont exposé des souris gestantes « à un excès d’hormone anti-mullérienne (AMH), pour induire l’apparition d’un SOPK chez leur progéniture ». Croisées « sur trois générations », mais « sans nouvelle exposition à de l’AMH exogène », les femelles de chaque génération souffraient de SOPK selon les observations des scientifiques. Ils ont alors « analysé l’ARN et l’ADN dans les ovaires des souris, à la recherche de variations de l’expression des gènes (transcriptome) et des marques épigénétiques (méthylome) ». Cet examen leur a permis d’identifier « 102 gènes dont l’expression diffère de celle observée chez des animaux qui ne présentent aucun symptôme du SOPK ». Des différences « corrélées avec un déficit en marques épigénétiques (hypométhylation) ».

Selon Paolo Giacobini, chercheur de l’équipe Développement et plasticité du cerveau neuroendocrine de l’Inserm/université de Lille, CHU de Lille, c’est l’excès d’AMH chez les souris gestantes de la première génération qui a causé l’apparition de modifications épigénétiques transmissibles, à l’origine des symptômes de SOPK sur plusieurs générations. En traitant les femelles de la troisième génération avec une substance visant à remédier à l’hypométhylation, les scientifiques sont parvenus à faire disparaitre les « traits associés au SOPK », et à restaurer « l’expression normale de plusieurs gènes impliqués dans la reproduction, l’inflammation, et le métabolisme ».

Des résultats confirmés chez la femme

Les chercheurs ont ensuite confirmé les résultats obtenus sur les modèles murins en analysant « des échantillons de sang humain, obtenus de mères et de filles atteintes de SOPK » : « l’ADN isolé présentait les mêmes modifications épigénétiques que celles retrouvées chez les souris qui ont des symptômes du SOPK ».

Pour Paolo Giacobini, cette recherche ouvre la voie au dépistage précoce des « les filles à risque familial de SOPK, avant leur puberté ». Avec une perspective thérapeutique « qui aurait pour objectif de restaurer le profil épigénétique de ces patientes ». Les résultats doivent encore être confirmés par des « observations sur de plus grandes cohortes de patientes » précise le chercheur, et « la sécurité d’emploi de l’agent thérapeutique, à court et à long terme », vérifiée. « N’oublions pas que les modifications épigénétiques jouent un rôle important dans différentes fonctions de l’organisme et peuvent changer l’expression de nombreux gènes, avec un risque potentiel d’effets indésirables » explique-t-il.

[1] « Cette étude fait partie d’un projet financé par l’ERC Consolidator (N° 725149), dans le but de comprendre l’origine embryonnaire du SOPK et d’envisager de nouvelles pistes thérapeutiques. »

[2] Nour Mimouni, Isabel Paiva et al., Polycystic Ovary Syndrome is Transmitted via a Transgenerational Epigenetic Process. Cell Metabolism. Édition en ligne du 3 février 2021. https://doi.org/10.1016/j.cmet.2021.01.004

[3] « Il s’agit par exemple des groupes méthyles (CH3 : un atome de carbone et trois d’hydrogène) »

Source : Inserm (08/02/2021) – Photo : iStock

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