Imposer la mort sociale, est-ce prendre soin de la vie ?

Publié le : 21 octobre 2020

« Prendre soin de la vie humaine, c’est défendre l’humanité de la vie, et donc nécessairement prendre soin de l’indivisibilité de la vie ». Philosophe et psychanalyste, Cynthia Fleury[1] dénonce le consentement général aux mesures liberticides imposées depuis le début de la crise sanitaire. Si elle reconnait que l’intention du Conseil scientifique était de « prendre soin de la vie humaine et notamment de celle des plus vulnérables », elle déplore que les politiques n’aient, en réalité, pas respecté la « dimension holistique » de la santé. Plus précisément, l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) définit celle-ci comme « un état global de bien-être, physique, mental et social » et non simplement comme « l’absence de maladie ». Selon cette définition, le confinement que nous avons vécu a mis notre santé à rude épreuve. Celui-ci « relève d’une approche biologisante de la vie, qui, à terme, détruit la valeur de la vie, qui est tout aussi sociale, psychique, spirituelle, démocratique, économique ». Pour la philosophe, tout l’enjeu du gouvernement sera désormais « d’inventer une façon de prendre soin qui sache cohabiter avec le virus ».

« La mort sociale est tout aussi délétère que la mort biologique »

Plusieurs philosophes ont déjà dénoncé cet étrange consentement à des mesures liberticides, « une docilité qui n’avait pas lieu d’être ». Pour Cynthia Fleury, il est « le signe d’une sidération », face à une situation « inédite », dans un désir de protection des plus vulnérables. Mais avec le temps qui passe, cette situation ne peut s’installer, et « un tel consentement aux restrictions de liberté n’est plus viable ». En effet, d’autres nécessités tout aussi légitimes doivent également être prises en compte, « légitimité économique et sociale, (…) mais également légitimité des autres malades qu’on condamne à une perte de chance ». Sans parler de « la vulnérabilité des aînés et des plus fragiles » que l’on « renforce ». « Notre tolérance collective et individuelle au risque est sans doute trop faible et cela finit par nous mettre en danger », conclut la philosophe.

[1] Professeur titulaire de la chaire humanités et santé du Conservatoire national des arts et métiers et titulaire de la chaire de philosophie à l’hôpital du GHU Paris Psychiatrie et Neurosciences.

Source : Le Figaro, Caroline De Malet et Jacques-Olivier Martin (20/10/2020)

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