IA : une « révolution cognitivo-industrielle » où se joue la dignité de l’homme

Publié le 17 Juin, 2024

« Il va de soi que les bienfaits ou les méfaits que [l’intelligence artificielle (IA)] apportera dépendront de son utilisation ». Le Pape est intervenu vendredi devant les dirigeants du G7 pour alerter sur les risques de ces nouvelles technologies (cf. IA : le Pape appelle à orienter les nouvelles technologies vers « la recherche du bien commun »).

Parler de technologie équivaut à parler « de ce que signifie être humain » et « de notre condition unique entre liberté et responsabilité, c’est-à-dire, parler d’éthique », souligne François. En effet, nous faisons face à une « révolution cognitivo-industrielle » qui contribuera à la création d’un nouveau système social caractérisé par « la démocratisation de l’accès au savoir, le progrès exponentiel de la recherche scientifique, la possibilité de confier des travaux pénibles à des machines », mais aussi « une plus grande injustice entre pays riches et pays en voie de développement, classes sociales dominantes et classes sociales opprimées », mettant en péril la « culture de la rencontre » pour privilégier une « culture du rejet ».

Laisser la décision à l’être humain

« Face aux prodiges des machines, qui semblent capables de choisir de manière autonome, nous devons être clairs sur le fait que la décision doit toujours être laissée à l’être humain », avertit le Saint Père. « La dignité humaine elle-même en dépend », juge-t-il. « Nous condamnerions l’humanité à un avenir sans espoir si nous retirions aux gens la capacité de décider d’eux-mêmes et de leur vie, les condamnant à dépendre des choix des machines. »

« Aucune machine ne devrait jamais choisir d’ôter la vie à un être humain », interpelle en particulier le Pape.

En matière de justice également, le Souverain Pontife dénonce l’utilisation d’outils pour pronostiquer les probabilités de récidive, laissant ainsi à la machine « le dernier mot sur le sort d’une personne ». Or « l’être humain évolue en permanence et se montre capable de surprendre par ses actes, chose que la machine ne peut pas prendre en compte ».

Des outils qui ne sont pas irréfutables

« Oublier que l’intelligence artificielle n’est pas un autre être humain et qu’elle ne peut proposer de principes généraux, est souvent une grave erreur qui découle ou du besoin profond de l’être humain de trouver une forme stable de compagnie ou d’un présupposé inconscient de sa part, à savoir que les observations obtenues au moyen d’un mécanisme de calcul sont pourvues des qualités de certitude indiscutable et d’universalité irréfutable. »

D’ailleurs, quand les étudiants font appel à l’IA, ils oublient, qu’elle n’est « pas vraiment ‘générative’ » mais « renforçatrice », souligne le Saint Père, en cela qu’elle « réorganise des contenus existants, contribuant à les consolider, souvent sans vérifier s’ils contiennent des erreurs ou des idées préconçues ».

Le besoin d’une « saine politique »

Alors que « le concept de dignité humaine s’amenuise », le Pape François déplore que la catégorie même de « la personne humaine » semble perdre de la valeur. Il appelle dès lors à remettre la dignité de la personne « au centre d’une proposition éthique partagée » par une « saine politique ».

« La politique est nécessaire » afin de générer les conditions d’un usage de l’IA « possible et fécond », interpelle le Saint Père. Et « la politique est la forme la plus haute de la charité, la forme plus haute de l’amour », a-t-il déclaré aux dirigeants du G7.

 

Sources : Aleteia, Camille Dalmas (13/06/2024) ; Aleteia (14/06/2024) ; Vatican news, Delphine Allaire (14/06/2024)

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