Gestation par autrui :  »une drôle de grossesse »

Publié le : 1 juillet 2009

Michelle et Martin Hymers, de Stockport, dans la banlieue de Manchester, ont eu recours à une mère porteuse pour faire venir au monde un garçon Jaimes, aujourd’hui âgé de 20 mois. Tina Lamont, elle-même mère de trois enfants dont le dernier avait six mois à l’époque, désirait devenir mère porteuse : "J’avais envie de recommencer, mais je ne voulais plus d’enfant. J’adore être enceinte, sentir l’enfant bouger dans mon ventre, accoucher : c’est vraiment une expérience géniale. Dans ces moments-là, je suis en pleine forme. Ca fait rire mon père, il m’appelle la machine à bébés".

Elle a alors entendu parler du couple devenu infertile après la naissance d’un premier enfant et leur a proposé ses "services" malgré les réticences de son mari. L’accord a fait l’objet d’une convention précisant le nombre de tentatives d’implantation, la présence de Michelle et Martin aux échographies et à l’accouchement, et l’obligation d’un dîner mensuel entre les couples. A également été tranchée à ce moment-là la question de la décision de l’interruption éventuelle de la grossesse : "En cas de problème, c’était à eux, pas à moi de vivre avec un enfant handicapé. C’était donc à eux de prendre la décision", explique Tina. Cette dernière a également reçu 11 700 euros, théoriquement destinés aux frais médicaux, dépenses de transport, garde d’enfants et vêtements de grossesse. Elle annonce cependant un peu gênée qu’ayant arrêté de travailler, et son mari l’ayant quittée après la naissance, cet argent a été le bienvenu.

Commence alors pour Tina une "drôle de grossesse" : "je l’ai porté, mais ce n’est pas mon bébé. Je m’en suis vraiment rendue compte le jour où l’on a implanté les embryons de Michelle et Martin dans mon utérus. Je suivais leur progression sur l’écran vidéo du médecin, et je me disais : c’est ma grossesse, mais pas mon enfant. J’ai eu de l’affection, de la bienveillance pour lui, mais pas de sentiments maternels. (…) Je ne cherchais pas de prénom, je ne préparais pas la chambre, un peu comme si j’attendais un neveu ou une nièce".

Tina suit la grossesse avec Michelle : elles vont ensemble à la clinique pour la transplantation pendant que le mari de Michelle garde les enfants de Tina. Elles feront ensemble le test de grossesse. Elles sont toutes les deux en salle d’accouchement pendant que le mari de Michelle attend dans le couloir et elles allaitent toutes les deux l’enfant.

Six mois après la naissance de Jaimes, les magistrats de Stockport ont rendu un jugement faisant du couple Hymers les parents de Jaimes. "Tina n’a plus de liens légaux avec lui, mais elle restera à jamais quelqu’un à part pour nous et pour Jaimes. Nous la voyons souvent et elle fait un peu partie de la famille comme une marraine ou une tante. C’est quelqu’un à qui l’on ne pourra jamais dire : tu ne verras plus Jaimes", note Martin Hymers.

Le Monde (Anne Chemin) 01/07/09

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