France: le recours à l’AMP et ses conséquences

Publié le : 11 avril 2013

 En France, depuis 1982, année de la naissance d’Amandine, le premier bébé FIV [Fécondation in vitro], l’assistance médicale à la procréation (AMP) s’est beaucoup développée: on compte plus de 50 000 naissances par an de bébés conçus par ces techniques. La réussite d’une AMP, explique le Dr Laurence Foix-L’Hélias, pédiatre épidémiologiste à l’hôpital Trousseau après avoir travaillé plusieurs années avec le Pr René Frydman, à l’hôpital Antoine Béclère (Clamart), ne « s’évalue pas uniquement sur un nombre d’embryons [créé], ou sur un taux de grossesse, mais sur la naissance d’un enfant bien portant« . Voilà donc la principale question qui intéresse la santé de ces enfants nés par AMP: « est-elle différente de celle des enfants conçus naturellement? » 

 

Cette question se pose à double titre: « d’une part en raison des techniques utilisées, de l’autre en raison du terrain de l’hypofertilité parentale, et en particulier de l’âge […] avancé [de la mère] ». Car plus l’âge maternelle augmente plus le risque de malformations augmentent. Il est donc difficile aujourd’hui pour le pédiatre d’imputer les risques de malformation à certaines techniques, le terrain maternel étant en dehors de la technique utilisée assez déterminant.

 

Aujourd’hui, on est tout de même « globalement rassuré sur les techniques anciennes, comme la FIV classique« , mais depuis que « l’arsenal de l’AMP s’est enrichi de nouvelles techniques, qui pourraient être pourvoyeuses de risques spécifiques » […] « on a beaucoup moins de recul pour les techniques très innovantes« . En effet, « la production des ovocytes obtenus par stimulation hormonale, [la] manipulation des gamètes in vitro, [la] suppression des processus naturels de sélection, [le] milieu de culture des embryons, [la] politique de transfert des embryons« , sont autant d’étapes qui « bouleversent le cours naturel des choses« .  

 

Il faut noter que les complications périnatales sont tout de même plus importantes que les grossesses spontanées, mais elles sont « maintenant bien identifiées » et on ne « [remet] pas en cause l’utilisation de l’AMP« . En effet on sait que « le taux de prématurité est multiplié par 5, le taux d’hypotrophie par 3, le nombre d’hospitalisation par 3 et la mortalité néonatale par 6« . La journaliste relève en outre que malgré des « résultats [d’]études […] parfois contradictoires« , il a tout de même « été rapporté un risque plus important de certaines malformations congénitales, comme certaines cardiopathies mais aussi des anomalies de fermeture de tube neural« .

 

Cependant, « suivre les enfants conçus par AMP s’apparente à un parcours d’obstacles » car mettre en place des cohortes est extrêmement compliqué. La seule possibilité pour évaluer au mieux la réussite de l’AMP est donc « d’essayer de répondre à des questions ponctuelles reposant sur une hypothèse précise ». Mais, ces questionnaires, aussi précis soient-ils ne suffisent pas toujours. Un réel suivi nécessiterait un examen clinique. La pédiatre épidémiologiste cite par exemple la découverte « plusieurs années après qu’un enfant né par AMP était atteint de trisomie 21. Jamais l’information n’était parvenue au centre qui avait pratiqué la FIV ». Elle ajoute étonnée: « devant notre surprise, la maman nous a répondu: ‘le questionnaire demandait si mon enfant allait bien. Eh bien j’ai répondu que, oui, il allait bien’ « . 

 

Finalement, la pédiatre conclu que l’AMP n’est pas dénuée de tous risques, et que les parents doivent en être informés. Une fois qu’ils ont pris leur décision, ils doivent « accepter les incertitudes que l’on peut maîtriser quand on choisit de donner la vie« .

<p> Le Quotidien du Médecin (Dr Irène Drogou) 11/04/2013</p>

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