FIV à trois parents: l’avant-gardisme inquiétant du Gouvernement britannique ?

Publié le : 23 juillet 2014

En 2010, le Pr Turnbull de l’Université de Newcastle publiait dans la revue Nature la mise au point d’une technique de FIV couramment appelée « FIV à trois parents« . (Cf Synthèse de presse Gènéthique du 17/03/2011). Dans un document rendu public ce 22 juillet, le Gouvernement britannique a estimé que cette pratique pouvait être autorisée en Grande-Bretagne. Un projet de loi destiné à règlementer cette pratique pourrait être porté devant le Parlement dès l’automne prochain, pour une autorisation en avril 2015, soit juste avant les nouvelles élections qui auront lieu en mai. Si le projet était adopté, la Grande-Bretagne deviendrait le premier pays au monde à autoriser une telle pratique.

 

Concrètement, la FIV à trois parents a pour but d’éviter la transmission, par la mère, de maladies génétiques telles que certaines myopathies, à cause d’un ADN mitochondrial défectueux. Elle consiste à extraire le noyau de l’ovocyte d’une femme (susceptible de transmettre une maladie mitochondriale) et de le transférer dans l’ovocyte d’une femme donneuse dont les mitochondries sont saines et dont on a retiré préalablement le noyau. Ce nouvel ovocyte est alors fécondé in vitro avec le sperme du partenaire de la première femme, d’où le terme de « FIV à trois parents« . (Cf Synthèses de presse Gènéthique du 01/02/2012)

 

Cette autorisation du Gouvernement fait suite à une consultation menée entre février et mai 2014 auprès d’organismes de recherche, d’associations de patients, d’organisations professionnelles, d’organisations confessionnelles, de parlementaires et d’un panel d’individus. Elle a permis au Gouvernement de recueillir 1857 réactions. En juin dernier, c’est l’autorité britannique de régulation en matière d’embryologie et de fécondité humaine (HFEA) qui se déclarait favorable à cette pratique (Cf Synthèse de presse Gènétique du06/06/2014). 

 

Parmi les recommandations concernant l’autorisation de la FIV à trois parents, le Gouvernement mentionne que la HFEA devra s’assurer qu’il existe un grand risque d’avoir un enfant atteint d’un handicap important, physique ou mental ou toute autre maladie grave. 

 

Cependant, la pratique de la FIV à trois parents est très controversée, et pour cause. Elle signifie que le matériel génétique d’une tierce personne sera transmis à l’enfant mais également à toutes les générations futures. Campaigners Human Genetics Alert estiment que cette pratique n’est pas éthique et que ses bénéfices ne peuvent justifier des risques inconnus pour l’enfant. Ils sont également préoccupés par les conséquences sociales que pourraient avoir le fait de modifier le génome humain.
Le Dr David King souligne: « dans 15 ans, en plein marché eugéniste du bébé sur mesure, les gens se rendront compte que ce fut le moment où la barrière éthique a été franchie ». Il ajoute: « La Grande-Bretagne va maintenant être isolée en Europe comme étant le seul pays a autoriser la manipulation génétique humaine, les autres pays ont tous signé la Convention sur les Droits de l’Homme et la biomédecine qui interdit cela« . C’est un comportement typique en Grande-Bretagne, pays qui « dit oui à toute suggestion scientifique« . 

<p>gov.uk juillet 2014 - Parliament.uk 22/07/2014 - The Telegraph (Sarah Knapton) 22/07/2014 - The Guardian (Ian Sample) 22/07/2014</p>

Partager cet article

Synthèse de presse

Chronique audio

Textes officiels

ressources

Fiches pratiques

Bibliographies

S'abonner aux lettres