FIV à 3 parents biologiques : après le Royaume-Uni, la France ?

Publié le : 4 septembre 2014
Le docteur Laurent Janny, spécialiste de biologie de la reproduction chef de service au CHU de Clermont-Ferrand, revient sur la « prouesse » annoncée au Royaume-Uni et relayée par la BBC. Il s’agit de l’histoire d’une jeune fille, Alana Saarinen, née d’une FIV à trois parents biologiques.

 

La « FIV à trois parents » est une FIV avec remplacement mitochondrial. Il s’agit d’empêcher la transmission d’une anomalie par la mère par le remplacement des mitochondries malades de la mère par celles d’une donneuse. 
 
« Les mitochondries sont de tous petits corpuscules dans les cellules, dont le rôle est de fabriquer l’énergie dont le corps a besoin. Elles ont la particularité de contenir un peu d’ADN. Cela n’a rien à voir avec l’ADN contenu dans le noyau de la cellule : 13 gènes sont présents dans l’ADN de la mitochondrie, contre plusieurs dizaines de milliers sous forme de chromosomes dans le noyau de la cellule ». En conséquence, l’enfant est réputé ressembler à ses parents et non à la donneuse.

 

Mises en garde

 

Cependant, cette manipulation sur ces cellules est complexe et « pourrait aboutir à des lésions secondaires de l’embryon que l’on va fabriquer », met en garde le docteur Janny. «Nous ne disposons toutefois pas du recul nécessaire pour évaluer cette technique aujourd’hui en raison du trop faible nombre de personnes concernées dans le monde ».

 

D’autre part, il est permis de s’ « inquiéter d’éventuelles dérives et de la généralisation de cette technique ». En effet, des dérives ont eu lieu pour d’autres techniques, comme pour celle du DPI (diagnostic préimplantatoire), prévu à l’origine seulement pour les maladies génétiques graves connues dans la famille. Or « certains pays n’hésitent pas à la pratiquer sans qu’il n’existe de maladie génétique pour ne faire naître que des garçons. D’autres pays acceptent de la réaliser pour des femmes dont la seule « pathologie » est un âge avancé qui conduit, de façon physiologique, à un taux de fausses couches augmenté, par l’altération normale des chromosomes quand l’âge maternel avance ». En conséquence, il plaide pour un appareil législatif contraignant pour éviter ces dérives.

 

En France

 

Le docteur Janny explique que, techniquement, la France pourrait réaliser des FIV avec remplacement mitochondrial, bien que cette technique ne soit pas appliquée « pour le moment ». En effet, la France pratique une alternative, à savoir le don d’ovocyte. Et de conclure : « reste aujourd’hui à dépasser les obstacles éthiques et législatifs, mais si les Anglo-saxons franchissent le pas, la question arrivera rapidement devant le Parlement français. Et je vois mal comment l’on pourrait refuser de l’appliquer ».

 

Note de Gènéthique

 

Pour rappel, le Gouvernement avait donné son feu vert pour ouvrir un débat au sein du Parlement l’année dernière (Cf. Synthèse Gènéthique du 1er juillet 2013). Human fertilisation and Embryology Authority (HFEA), l’autorité britannique de régulation en matière d’embryologie et de fécondité humaine, avait donné un avis positif sur cette pratique (Cf. Synthèse Gènéthique du 6 juin 2014).
<p>Le Nouvel Observateur /Le Plus (Laurent Janny) 03/09/2014 - Gènéthique</p>

Partager cet article

Synthèse de presse

Chronique audio

Textes officiels

ressources

Fiches pratiques

Bibliographies

S'abonner aux lettres