Fin de vie : un débat entre loi et conscience

Publié le : 26 mars 2015

La philosophe Chantal Delsol analyse cette semaine la loi Claeys Leonetti. Elle y décèle l’expression de deux tendances : « La radicalisation de l’individualisme et l’effacement de la conscience personnelle ».

 

« Tu ne tueras pas ». A cette loi morale antique et universelle, les sociétés ont toujours établies des exceptions. La guerre et la peine de mort sont les plus notables : « Les sociétés s’estiment fondées à tuer ceux qui les menacent ». Chantal Delsol souligne que de nouveaux critères, et donc de nouvelles exceptions, se forment et s’établissent dans nos sociétés modernes : « La modernité tardive, qui rejette avec dégoût la peine de mort et la guerre, et simultanément légitime l’IVG même à un stade avancé de la grossesse, et l’euthanasie, marque par là la métamorphose des critères. Ce n’est plus la survie ou la sécurité de la société qui peut légitimer une exception au ‘tu ne tueras pas’, mais le refus de la souffrance individuelle ». « L’individu souverain voudrait avoir désormais la maîtrise totale de son destin », précise-t-elle. Parallèlement, la conscience personnelle s’efface peu à peu.

 

« Dans des cas tragiques et au prix d’un débat intérieur » les principes moraux élémentaires, sont toujours récusables par la conscience personnelle. Dans ces situations singulières et graves, comme dans le choix d’une euthanasie ou d’une IVG, les consciences individuelles prennent une décision qui implique responsabilité : « On voudrait que les individus jetés dans ce drame puissent appliquer une loi et ainsi s’exempter de l’angoisse de se prononcer ». Nous voudrions que la loi devienne toujours plus la suppléante de la conscience en recherchant « toujours plus de loi déterminante, toujours moins de réflexion individuelle ». « Au fond, nous voulons peut-être oublier que l’éthique traduit un perpétuel débat intérieur et extérieur, et qu’elle engage notre responsabilité de personne libre, bien davantage que notre docilité de citoyen ».

 

La loi Claeys-Leonetti est, dit-elle, un « équilibre instable ». Pour éviter de tomber dans « des extrêmes qui nous répugnent », Chantal Delsol invite à « argumenter sans cesse » et à « demeurer nous-mêmes dans la modération ».

 

<p>Valeurs Actuelles( Chantal Delsol), 26/03/2015</p>

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