Fin de vie: « l’acte médical ne peut être un acte de tuer »

Publié le : 23 mars 2012

Sur ses pages "Rebonds", Libération publie trois tribunes sur les questions de l’euthanasie et de la fin de vie.
Dans la première tribune, le philosophe Frédéric Worms écrit qu’en ce qui concerne la fin de vie dans un contexte médicalisé, deux principes sont à prendre en considération de façon égale : d’une part, les droits du malade en tant que sujet et citoyen ; d’autre part, la spécificité  de la relation médicale et de la relation avec les proches du malade. Cette double insistance sur les droits des patients et sur les conditions relationnelles de leur entourage médical et familial est primordiale : elle ne "fait qu’exprimer la pluralité irréductible des points de vue, sur une situation humaine qui reste encore aujourd’hui à la fois profondément relationnelle et irremplaçablement individuelle".
Frédéric Worms explique que pour les philosophes Georges Canguilhem et Hans Jonas, des décisions particulières prises par des médecins – comme celles qui concernent par exemple le "geste actif d’aider à mourir" – "ne peuvent faire l’objet d’une législation générale car elles contredisent aux principes mêmes de la relation médicale, sinon des autres relations morales en tant que telles".

Dans une deuxième tribune, Édouard Ferrand, chercheur en éthique médicale et responsable de l’équipe mobile de soins palliatifs à l’hôpital Foch de Suresnes, souligne l’urgence de "s’interroger sur la solidité des arguments exposés" quant à une éventuelle autorisation d’un "droit à mourir dans la dignité". Il rappelle que "protéger le vulnérable est la mission du médecin" tout comme "protéger l’ensemble des vulnérables est de l’ordre de la démocratie".
Il considère que s’il serait possible d’identifier certains malades incurables qui expriment et maintiennent une demande d’euthanasie, cette identification "ne suffit cependant pas à justifier une loi". En effet, un certain nombre de ces situations résultent "d’un profond déficit de culture palliative" comme l’ont montré plusieurs études (étude Tramaho, enquête DemandE). Il insiste sur le fait qu’ "une loi ne doit en aucun cas être une réponse à une situation trop souvent créée par de mauvaises pratiques" sous peine d’entraîner des "dérives irrémédiables". C’est avant tout l’implication précoce du malade et de ses proches dans une démarche palliative "qui permet de prévenir une situation inextricable".

Dans la troisième tribune, Jean Leonetti, Ministre des Affaires européennes, et initiateur des lois sur la bioéthique et sur la fin de vie, fait remarquer que la loi de 2005 relative à la fin de vie prévoit un "droit à être soulagé". A l’inverse de ce qu’a affirmé Marisol Touraine, responsable du pôle social-santé au Parti socialiste, "l’effort financier consacré aux soins  palliatifs a été sans précédent" au cours des cinq dernières années et a permis "la multiplication des services de soins palliatifs". Par le principe du "non abandon" et de la "non souffrance", la loi de 2005 "condamne l’acharnement thérapeutique et permet, par la pratique du ‘double-effet’, d’accepter qu’en fin de vie, la qualité prime sur la durée de la vie". Pour Jean-Leonnetti, le débat sur l’euthanasie est marqué par l’opposition de deux éthiques: "l’éthique de l’autonomie qui place le choix individuel au dessus de tout" et "l’éthique de la vulnérabilité qui relève d’une solidarité collective et privilégie le soulagement du patient et son accompagnement  […]. Dans ce conflit de valeurs, nous choisirons toujours la solidarité".

Libération 23/03/12

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