Fin de vie en Oregon : le suicide assisté est-il encore un choix ?

Publié le : 22 octobre 2020

Aux Etats-Unis, l’État de l’Oregon a été le premier à adopter une loi sur la « mort dans la dignité ». Elle permet à toute personne de plus de 18 ans ayant un pronostic vital de six mois ou moins de recevoir un produit pour mettre fin à sa vie. La personne doit être mentalement apte, physiquement capable de s’administrer la substance et sa démarche doit être approuvée par deux médecins. Depuis, la Californie, le Colorado, le district de Columbia, le Maine, le Montana, le New Jersey, le Vermont et l’État de Washington ont adopté des lois similaires qui ne sont pas sans conséquences.

La pression des compagnies d’assurance

« Ce qui se passe, c’est que votre choix de traitement de fin de vie va être limité par le fait que les compagnies d’assurance ont maintenant une option moins coûteuse », a déclaré le Dr Callister, spécialiste en médecine interne et professeur de médecine à l’université du Nevada. Deux fois, il a envoyé un patient en Oregon et un autre en Californie pour y recevoir des traitements. « Ils avaient tous deux des maladies graves mais avec un traitement, ils avaient 50 à 70 % de chances de guérir ». Pourtant, ils se sont vus refuser les soins par leurs compagnies d’assurance et se sont vus proposer l’« option de fin de vie ».

C’est aussi ce qu’a vécu Barbara Wagner, 64 ans. La prise en charge de son traitement contre le cancer du poumon lui a été refusé par l’Oregon Health Plan, son assurance maladie, qui s’est par contre engagée à couvrir les « options de fin de vie », parmi lesquelles les soins palliatifs et les médicaments. Et ce, en vertu de la loi de l’État sur « la mort avec dignité » (cf. Oregon : le suicide assisté pour remplacer des chimiothérapies trop onéreuses ?). La patiente a fait appel de ce refus à deux reprises avant que la société pharmaceutique qui produit le traitement contre le cancer du poumon ne le lui offre gratuitement. Elle est décédée trois semaines plus tard.

Un taux de suicide croissant

Par ailleurs, les données de l’Oregon montrent qu’en 2019, 188 personnes ont pris le produit prescrit par leur médecin pour mettre fin à leurs jours. Sur les 290 personnes qui ont obtenu des ordonnances pour se procurer le produit, 62 patients ont décidé de ne pas prendre le produit et sont décédés des suites de leur maladie. La présence d’un médecin lors de la prise n’étant pas requise, que sont devenus ces produits létaux ?

Enfin, le taux de suicide de l’Oregon pour 100 000 habitants était de 16,03 % en 1998. Il est, en 2019, de 19,6 %, soit supérieur de 35% à la moyenne nationale. Et les personnes qui meurent en vertu de la loi sur la « mort dans la dignité » ne sont pas incluses dans ces chiffres. Au niveau national, le taux de suicide s’est également accru au cours de la période, passant de 11,12 % pour 100 000 personnes en 1998 à 14,2 % en 2018.

Handicapés, malades, les nouveaux exclus ?

Enfin, les données annuelles de l’État montrent qu’un seul patient a fait l’objet d’une évaluation psychologique ou psychiatrique en 2019. 87 % des patients ont déclaré que la perte d’autonomie était l’une de leurs principales motivations pour recourir à l’ « option de fin de vie ». Environ 90 % d’entre eux ont déclaré que la diminution de leur capacité à participer à des activités rendant la vie agréable était une autre raison clé, et 72 % ont déclaré qu’une perte de dignité avait influencé leur décision. Dans le même temps, 59 % des habitants de l’Oregon ont indiqué qu’un problème de fin de vie était un fardeau pour les membres de la famille, les amis et les soignants…

Pour l’Association médicale américaine (AMA), « il est compréhensible, bien que tragique, que certains patients en situation de contrainte extrême – tels que ceux souffrant d’une maladie terminale, douloureuse et débilitante – en viennent à décider que la mort est préférable à la vie. Cependant, permettre aux médecins de s’engager dans le suicide assisté causerait en fin de compte plus de mal que de bien ».

Source : The Independent, Danielle Zoellner (21/10/2020)

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