Fin de vie : appel pour une ”mobilisation éthique”

Publié le 2 Déc, 2008

Professeur d’éthique médicale à Paris-Sud XI, Emmanuel Hirsch revient sur le rapport Leonetti sur la fin de vie rendu "après des mois de polémiques habilement fomentées par l’Association pour le droit de mourir dans la dignité". Selon lui, ce rapport nous demande avant tout d’appliquer la loi de 2005 et de "dégager les moyens indispensables à une approche enfin digne des réalités humaines et sociales en fin de vie", "faute de quoi, d’autres modèles seront promus, comme celui de la Belgique, qui, en quelques années, a banalisé les pratiques de l’euthanasie jusqu’à les appliquer à des personnes atteintes d’Alzheimer ou de maladies psychiatriques, voire en salle d’opérations afin de prélever les organes à des fins médicales ou scientifiques".

Emmanuel Hirsch dénonce ensuite "la revendication, par certains, de l’euthanasie pour mettre fin aux "vies indignes d’être vécues"", "idéologisation d’une liberté ultime, affirmée dans le recours à la mort médicalement administrée" qui bafoue à la fois "les combats menés par les personnes malades et leurs proches afin d’être reconnus dans leur aspiration à pouvoir enfin vivre leur vie en société sans discriminations" et les "fondements même de la démocratie", nous livrant "aux dérives d’une évidente barbarie".

Comment tolérer le "discours de quelques beaux esprits qui proclament comme une conquête morale l’urgence de dépénaliser l’euthanasie, sans consacrer la moindre attention à ceux, plus vulnérables que d’autres, qui éprouvent de tels arguments comme une injure, une imposture, l’insupportable manifestation d’un rejet qui révoque leur humanité même" ? Les tenants du suicide médicalement assisté "confortent les logiques de l’indifférence, du renoncement ou de l’abandon et justifient ainsi les relégations de nos malades aux marges de la cité, dans un état de précarité et d’errance chroniques, au domicile ou dans des institutions vécues comme des lieux de ségrégation".

"Il nous faut résister aux figures imposées d’une culture de la mort digne, repenser et refonder les solidarités indispensables à une vie en société digne d’être vécue jusqu’à son terme" ; affirmer que "l’existence, la dignité et les droits des personnes malades ou handicapées valent mieux que les débats indécents qui tentent d’organiser les conditions de gestion de la mort des plus vulnérables" et "conférer un espace d’expression publique à la réflexion consacrée au sens de la vie, à la valeur des combats de vie menés par les personnes malades et leurs proches".

L‘auteur en appelle enfin à "une mobilisation éthique" qui "concerne les fondements de la vie démocratique et sollicite une dynamique de la responsabilité partagée, un engagement auprès de celles et de ceux qui attendent de notre société d’autres réponses que la solution finale d’une mort assistée".

Le Figaro (Emmanuel Hirsch) 02/12/08

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