« Face à la déshumanisation : l’écologie humaine »

Publié le : 22 février 2012

Dans une tribune publiée sur le site d’information Liberté politique, Jean-Marie Le Méné, président de la Fondation Jérôme Lejeune, explique les enjeux bioéthiques dans le cadre du débat présidentiel. Liberté Politique publie également une vidéo dans laquelle Jean-Marie Le Méné revient sur les enjeux des lois de bioéthiques, révisées en 2011.

Jean-Marie Le Méné explique que le choix d’un chef de l’Etat doit se faire sur une vision de la société et non sur un catalogue de promesses. Il note que "toutes les crises récentes et actuelles rendent évidente l’urgence du retour des valeurs morales en politique. Car les crises que nous affrontons (économique, écologie, santé, etc.) sont d’abord et avant tout des crises morales avant d’être techniques". Le retour à des références morales ne signifie pas porter atteinte à la laïcité : "La distinction du spirituel et du temporel […] n’autorise pas les responsables politiques à s’affranchir de la poursuite du bien commun et du respect de la norme élémentaire présente au cœur de chacun (ne pas tuer, ne pas mentir, ne pas voler, etc) ".
L’héritage des Lumières, qui oppose nature et culture, a rompu le lien entre l’homme et la nature. Ravivée en 1968, cette rupture est à l’origine de la crise "qui enkyste la société occidentale". Le président de la Fondation Jérôme Lejeune fait remarquer que "transgresser n’est pas synonyme de progresser" : "Le progressisme n’est pas au service du progrès humain quand il conduit à s’affranchir du respect de la nature et de la vie".
Pour lui, "l’homme n’est un prédateur de la nature que lorsqu’il se comporte de manière égoïste, inconséquente et irresponsable, donc immorale. C’est donc lui et la réforme de son comportement qui doivent être au cœur de la préoccupation écologique" : "L’écologie n’existe pas si elle est réservée à la protection de la planète, des espèces animales et végétales. L’écologie est vaine si elle exclut le respect de l’homme de ses premiers instants à son dernier souffle". Jean-Marie Le Méné observe que les atteintes portées à la vie humaine dépassent celles qui sont infligées au reste de la nature, contre lesquelles on se bat pourtant. On lutte en effet contre la pollution de l’eau, mais on accepte une "pratique contraceptive généralisée" qui place "le corps des femmes sous dépendance chimique pendant 30 ans de vie sexuelle". On réclame "un moratoire sur les OGM", mais on ne dénonce pas "la manipulation génétiques sur les embryons humains". On s’inquiète du déséquilibre des sexes dans certains pays, sans avouer que "l’idéologie de l’avortement" en est la cause.

Pour le président de la Fondation Jérôme Lejeune, "Développer des normes pour protéger l’écosystème et, en même temps, développer des normes autorisant la destruction de l’homme par l’homme, décrédibilise la politique". Il manque aux politiques "une vision anthropologique globale, systémique et cohérente de l’écologie". Jean-Marie Le Méné formule des recommandations pour construire une véritable écologie humaine :

– "L’avortement n’est pas un marqueur du progrès de la société", mais "un suicide collectif dont on voit les conséquences par exemple, dans le déséquilibre du système des retraites". Si l’on devait comparer, la mortalité routière représente 1,8% de la mortalité due à l’avortement. De même, on présente la contraception comme une solution mais, selon les études, celle-ci de réduit pas les taux d’IVG. Au contraire, "elle la rend […] inéluctable en cas d’échec". Cet encouragement à la contraception repose en réalité sur des arguments commerciaux des firmes pharmaceutiques. Quant à l’IVG, il constitue "une infraction continuelle au pacte social", "base de la société" : "il est du devoir [de celui qui gouverne] de protéger les citoyens".
Pour 2012, la solution consisterait en "une politique d’aide aux femmes enceintes en difficulté dans le but de réduire la prévalence de l’avortement". Il faudrait également "informer sur la réalité, les conséquences de l’avortement".
L’euthanasie, qui est "l’acte de donner la mort et de disposer de la vie d’un être humain n’est jamais un acte médical ni scientifique". C’est "un acte politique que l’on fait porter par les médecins et les scientifiques". Pourtant, "Le principe de la médecine, c’est d’abord de ne pas nuire et ensuite de soulager la douleur".
Dorénavant, il sera important d’endiguer le "développement d’une médecine de désir, du confort, du fantasme" qui répond davantage à des intérêts financiers qu’aux intérêts de la santé.
La recherche sur l’embryon humain est interdite, mais la loi de bioéthique de 2011 a élargi les possibilités de déroger à cet interdit. Pourtant, "cette transgression est injustifiable puisque le besoin des laboratoires peut être satisfait avec l’usage d’autres cellules qui ne posent aucun problème éthique".
Les diagnostics avant la naissance, quand ils conduisent à la destruction d’êtres humains, relèvent de pratiques eugéniques.
Le diagnostic préimplantatoire (DPI) qui consiste à "trier des embryons en gardant les "bons" et en rejetant les "mauvais" devrait être considéré comme une pratique eugénique tendant à la sélection des personnes, interdite dans le code civil". De même, le fait que la loi oblige tous les médecins à délivrer aux femmes enceintes une information sur le dépistage prénatal (DPN) de la trisomie 21, pour pouvoir détecter les fœtus qui en sont porteurs et les avorter à tout moment instaure un "eugénisme de droit". Cette sélection en raison du handicap aboutit à l’élimination de 96% des fœtus trisomiques 21. D’ores-et-déjà, les médecins généralistes sont inquiets, car ils sont conscients qu’un jour ils "devront rendre des comptes à la justice des efforts déployés pour ne plus faire naître d’enfants indésirables". Aujourd’hui, le cas particulier de la trisomie 21 n’est que le "précurseur des pratiques qui s’appliqueront aux autres demain".
A l’avenir, il faudra libérer le monde de la santé de cette "obligation indigne de l’art médical" et "consacrer à la recherche et à la prise en charge les sommes consacrées chaque année à ce qu’il faut bien appeler une chasse au faciès".

Liberté politique 10 et 17/02/12

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