Extension de l’IMG pour détresse psychosociale : « Une forme d’indignité, pour ne pas dire de barbarie »

Publié le : 18 août 2020

Alors que l’Assemblée nationale a voté en deuxième lecture un amendement qui permettait de pratiquer une interruption médicale de grossesse (IMG), soit jusqu’au 9e mois, « au motif de la détresse psycho-sociale de la femme », Emmanuel Hirsch, professeur d’éthique médicale à l’université Paris-Saclay, réagit.

Il en appelle aux parlementaires pour qu’ils « se saississent des conséquences d’une telle dérive juridique » et « appelle à un dispositif de protection du fœtus que les techniques d’imagerie médicale font déjà apparaître comme une personne, et dont le parcours vers la naissance est désormais exposé aux dispositifs sélectifs intégrant des demandes contraires à son intérêt direct ». Il déplore que les députés n’aient « pas même proposé de définir dans le cadre d’un décret d’application », ni évoqué « la possibilité d’un accouchement sous X ».

Le professeur s’inquiète : « La sauvegarde du fœtus viable suscite moins d’attention que la recherche sur l’embryon ! », la prise en compte de la situation des femmes justifie-t-elle « la suppression de fœtus viables ? ». Pour lui, « la bioéthique risque de perdre toute légitimité à légitimer au fil de l’eau des revendications qui défigurent les valeurs engagées dans ce qu’elle porte de plus précieux en termes de sollicitude à l’égard des vulnérabilités humaines et sociales, de rigueur, de loyauté, de justice, de bienveillance et de solidarité ». Et il s’interroge : « Je ne suis pas certain qu’au regard de l’euthanasie du fœtus », les positions éthiques « soient à la hauteur des enjeux ».

Reprenant la notion de détresse : « une angoisse causée par un sentiment d’abandon, d’impuissance, par une situation désespérée. (…) Situation critique, malheur exigeant un prompt secours » pour Emmanuel Hirsch demande : « Qu’en est-il de la nature du ‘prompt secours’ à une détresse que constitue l’euthanasie du fœtus que l’on porte ? Le dilemme éthique porte sur la prise en compte de ce que serait l’intérêt supérieur de la femme au regard des droits d’un fœtus viable supprimé au motif du ‘péril pour la santé de la femme’ ». Il estime qu’en la matière, « le législateur manquait d’arguments sérieux pour poser dans la loi une telle transgression aux principes de la bioéthique » et dénonce « un contexte favorable à la politisation d’un acte dont personne ne peut pourtant estimer qu’il s’agirait d’une conquête en termes de droits ».

« Ce que révèle ce vote subreptice, qui n’a pas fait l’objet de la moindre concertation publique, c’est cette tentation à abraser les repères indispensables sans avoir même conscience des conséquences du point de vue de nos équilibres sociétaux, pour ne pas évoquer ici nos valeurs morales », le professeur dénonce les postures idéologiques de certains adoubées lors d’un vote « à la sauvette » qui constitue « une forme d’indignité, pour ne pas dire de barbarie consentie à bas bruit, sans trop vouloir y faire attention ».

 

Pour aller plus loin :

 

Source : Le Figaro (14/08/2020)

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