Euthanasie : sortir d’un « débat empoisonné »

Publié le : 21 février 2012

Dans une tribune du Figaro, Tugdual Derville, délégué général de l’Association Alliance Vita se penche sur le débat sur l’euthanasie en France, qui, dans le cadre de la campagne présidentielle, s’annonce particulièrement "clivant". Il rappelle les propos du candidat François Hollande qui a dit sa volonté de mettre en place une "assistance médicalisée pour terminer sa vie dans la dignité" et ceux du candidat Nicolas Sarkozy qui voit dans "l’euthanasie légalisée" le risque de "débordements dangereux" et une pratique "contraire à nos conceptions de la dignité de l’être humain".

Récemment interrogé sur BFM TV, François Hollande a affirmé que le mot "euthanasie" n’apparaissait pas dans son programme. Il a parlé d’ "un droit de mourir dans la dignité", ajoutant qu’ "Il y a trop peu de soins palliatifs". Il a ensuite évoqué "la question d’une souffrance prolongée qui ne peut être atténuée". Celle-ci, a-t-il estimé, "suppose que nous ayons une réflexion qui conduira à intervenir. Ce sont des cas exceptionnels". Dans le journal Marianne, François Hollande a également affirmé n’être "pas favorable" à l’euthanasie avant de préciser qu’il envisageait des exceptions, "quelques très rares cas". Bien que ce dernier entretienne le flou dans ses propos, Tugdual Derville souligne que la mesure 21 de son programme "prévoit incontestablement l’euthanasie", comme l’a bien vu le président de l’association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD), Jean-Luc Romero. Cette proposition 21, telle qu’elle est formulée "empoisonne bel et bien le débat". Tout d’abord, elle associe à la pratique de l’injection létale le mot "dignité", comme si seul l’empoisonnement permettait aux personnes en fin de vie d’éviter l’indignité. En outre, cette mesure préconise l’accès à l’euthanasie pour des personnes qui ne sont pas forcément en fin de vie mais en "phase avancée" d’une affection incurable. Elle envisage également la "souffrance psychique" suscitée par la maladie comme un motif valable pour avoir droit de recourir à une injection mortelle. Enfin, la proposition voit dans le caractère "insupportable" de ces souffrances le mobile rendant possible de donner la mort. Le terme d’ "insupportable", soumis à interprétations diverses, est un "terme piégé" interdisant par avance toute contradiction.
Tugdual Derville souligne que dans ce débat sur l’euthanasie se joue une "guerre des mots" visant à nourrir le trouble en faisant petit à petit passer l’euthanasie pour "l’ultime soin palliatif". Tugdual Derville constate que François Hollande révèle son ignorance de la réalité des soins palliatifs en évoquant des cas qui nécessiteraient "d’arrêter les soins palliatifs". La "seule réponse digne de l’homme" réside dans les soins palliatifs, qui sont la véritable "assistance médicalisée pour terminer sa vie dans la dignité". Alors que des affaires ont été instrumentalisées pour manipuler l’opinion (Cf. Synthèse de presse du 13/02/12), il est urgent de revenir au réel : mettre à mort une personne est indigne de l’humanité car "tout être humain reste toujours digne, digne d’être soigné et accompagné jusqu’au terme naturel de sa vie".

Interrogé par Le Figaro, le ministre des affaires européennes Jean Leonetti dénonce également les propos flous de F. Hollande: "rester ambigu est une attitude coupable. (…) François Hollande veut faire passer un double signal: rassurer à la fois ceux qui œuvrent pour le développement des soins palliatifs et l’ADMD (Association pour le droit de mourir dans la dignité). Ce n’est pas cohérent, c’est malhonnête". Le ministre ajoute que l’idée d’instaurer une "exception d’euthanasie" est une "fausse bonne idée". Dans une telle perspective, il faudrait créer un groupe d’experts aptes à se prononcer pour ou contre une euthanasie sur des cas difficiles. Or, "Qui seraient ces experts ayant un droit de vie ou de mort sur les patients? Sur quels critères prendraient-ils leur décision? Cette situation serait contraire à notre démocratie et à nos valeurs". Aujourd’hui, conclut Jean Leonetti, la loi sur la fin de vie est "encore mal connue et mal appliquée" et "on est loin d’avoir exploité tout ce qu’elle permet". C’est dans le cadre législatif actuel que les pratiques doivent évoluer et il faut faire progresser la culture palliative pour que la médecine se tourne davantage vers l’accompagnement du malade.

Le Figaro 21/02/12 - Le Figaro.fr 19/02/12  - Le Figaro.fr (propos recueillis par Agnès Leclair) 21/02/12

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