Euthanasie : jusqu’où ira la Belgique?

Publié le : 22 novembre 2013

 

 La loi belge votée le 28 mai 2002 et autorisant l’euthanasie pose comme condition préalable que le patient soit atteint d’une « maladie grave et incurable« .

 

Onze ans après, une extension de la pratique s’apprête à être votée (Cf Synthèse de presse Gènéthique du 26 novembre 2013) , alors que de nombreuses dérives sont constatées. Cette nouvelle législation pourrait en outre remettre en cause la liberté de conscience des médecins. En effet, « le législateur pourrait contraindre les médecins objecteurs d’indiquer à leurs patients demandant à être euthanasiés le nom d’un confrère favorable à cette pratique« . 

 

L’hebdomadaire famille chrétienne se fait l’échos des dérives flagrantes constatées en Belgique.
Il s’agit, d’une part, de dérives d’interprétations des dispositions légales. La Commission fédérale de contrôle et d’évaluation de l’euthanasie semble évacuer de plus en plus le critère d’une maladie « grave et incurable« (1). Le grand âge et la lassitude de vivre « sont devenus des conditions pour être euthanasiés’  » s’indigne le Dr Dopchie (2). De même en est-il pour la condition de « souffrance physique ou psychique constante et insupportable« , que la Commission perçoit comme une « notion subjective« , et qui renvoie désormais à  » l’anticipation d’une souffrance future » précise Etienne Montero (3). Le cas de deux jumeaux, âgés de 45 ans, « nés sourds et euthanasiés en 2012 parce qu’un glaucome allait les rendre aveugle » en est un exemple flagrant (Cf Synthèses de presse Gènéthique du 14/01/2013 et 22/01/2013).
Ces dérives légales s’expliquent par le fait que le contrôle de la Commission est exercé a posteriori, que le ministère public n’engage pas de poursuite dans les cas où la loi est transgressée, et que les médecins eux mêmes « affirm[ent] publiquement » […] ne pas déclarer les actes euthanasiques qu’ils pratiquaient« . Il faut noter en outre que les membres de la Commission de contrôle sont majoritairement « adhérents ou […] collaborateurs de l’ADMD« , comme par exemple Jacqueline Herremans, présidente de l’ADMD Belgique. 
Il s’agit, d’autre part, des dérives professionnelles qui se traduisent par des euthanasies clandestines, comme le précise le Dr Dopchie qui a été témoin « d’accélérations thérapeutiques » consistant en « des surdosages abusifs de produits utilisés pour calmer la douleur » mais qui « provoqu[e] la mort des patients à leur insu et à celui des familles« . 
Enfin, l’ultime dérive, et non la moindre, s’entend lorsque les patients réclament le « droit » à bénéficier d’une euthanasie qui serait « devenu une alternative thérapeutique » pour certains. Et pour cause, « l’offre crée la demande » commente Etienne de Montero. 

 

Parmis les belges, peu nombreux sont ceux qui ont pris conscience de ces dérives. Mais des voix d’universitaires, de juristes, et de professionnels de santé ou de simple citoyens commencent à se faire entendre grâce au site internet « euthanasieStop ». Pour Michel Ghins, un des initiateurs du projet, « le site a permis de libérer la parole de citoyens ressentant un certain malaise vis-à-vis de cette législation ou d’une décision prise par un proche« . 

(1) « certains membres de la Commission ont estimé que la souffrance et la demande d’euthanasie étaient plutôt liées aux conséquences naturelles liées à l’âge qu’aux affections dont [les patients] étaient atteints« : Cinquième rapport de la Commission fédéral de contrôle et d’évaluation de l’euthanasie, rendu aux chambres législatives belges, pour les années 2010-2011
(2) Oncologue et chef du service de Soins palliatifs au Centre Hospitalier de Wallonie picarde à Tournais
(3) Doyen de la Faculté de droit de Namur et auteur de l’ouvrage « Rendez-vous avec la mort. Onze ans d’euthanasie légale en Belgique« .

<p> Famille Chrétienne (Antoine Pasquier) 22/11/2013</p>

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